JAMZZ ARCHiVES : remonter aux sources du hip-hop avec « Full Circle »

Interview : David OGOUBiYi-PETRONiO
Photos : James CABRON

Avec « Full Circle », Jamzz Archives explore les liens qui unissent le reggae au hip-hop et aux cultures qui ont façonné ces musiques. À travers des rencontres avec des figures majeures de la scène internationale, de KRS-One à Seun Kuti, James et Jahill proposent une plongée dans les racines, les influences et la transmission d’une culture en perpétuelle évolution.

Pensée et réalisée avec leurs propres moyens, cette série documentaire est aussi le fruit d’une démarche indépendante, guidée par la curiosité et la volonté de laisser les artistes raconter leur histoire. Pour iHH™ Magazine, les deux membres de Jamzz Archives reviennent sur la genèse de « Full Circle », les rencontres qui ont marqué cette aventure et les perspectives d’un projet qui ne compte pas s’arrêter là.

iHH™ : Aviez-vous dès le départ pensé à ce format court d’une dizaine de minutes en plusieurs épisodes pour une diffusion sur une plateforme telle que YouTube?

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : Oui, parce qu’on savait pertinemment que c’était l’option qu’il nous resterait si l’on n’arrivait pas à obtenir un deal avec une chaîne de télévision ou une plateforme afin de nous accompagner sur la série documentaire.

iHH™ : Que vouliez-vous raconter à travers cette série documentaire ?

JAHILL — JAMZZ ARCHIVES : Le postulat dans lequel on s’est engagé au départ consistait à se demander « en quoi le hip-hop peut-il venir du reggae ? » et c’est ce qui a orienté les questions qu’on a posées à tous les artistes qu’on a eu en interview. Résultat ? Les réponses que l’on a obtenues nous ont largement fait dépasser le cadre de notre question initiale.

Quand tu fais un documentaire, tu peux choisir de monter les séquences des interviews afin qu’elles finissent par coller au discours que tu attendais. Nous, on a pris la décision de plutôt se laisser guider par les éléments que l’on nous apportait et au fil de la matière qui s’accumulait un axe principal s’est dessiné. C’est à ce moment-là qu’on a réalisé que le fait de rester fermement attaché à montrer les racines reggae du hip-hop ne collait plus avec les réponses obtenues. On s’est alors plus orientés vers le fait de montrer les liens existants entre le reggae, le hip-hop, le r&b, etc. Les similarités que tu peux observer entre ces genres musicaux t’amènent ensuite à parler de l’Afrique, des États-Unis, d’Amérique latine et les Caraïbes.

Parfois, les réponses que l’on a obtenues étaient à l’inverse de ce que l’on attendait. Prenons l’exemple de Smif-N-Wessun ; dans leur premier album ils utilisent littéralement du patois jamaïcain, mais c’était difficile en interview de les amener sur un terrain ou ils évoqueraient les racines reggae du hip-hop. KRS-One et les autres artistes jamaïcains qu’on n’a eus en interview ne nous ont également pas dit ça.

Finalement, est-ce que l’on peut dire que le hip-hop vient du reggae ? Non, mais on ne peut pas nier l’influence qu’a eue le reggae et le rôle des Caribéens dans la création du hip-hop.

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : Personnellement, chaque entretien a donné lieu à une remise en question sur ce que je pensais savoir. Contrairement au frérot Jahill, j’ai tendance à plus camper sur mes positions et il est difficile de me faire douter de mes croyances sur le hip-hop.

Le fait de produire cette série documentaire m’a amené à me remettre en question sur ce que je considérais comme des certitudes.

C’est pour cela qu’on a pensé que cette série documentaire comme une discussion où chacun pourra tirer ce qu’on bon lui semble afin de chercher des réponses dans le témoignage des artistes qu’on a rencontrés.

iHH™ : Quels ont été, pour l’un et l’autre, les entretiens et échanges marquants du documentaire?

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : KRS-One et ce n’est pas pour réduire le rôle des autres invités. Le fait d’avoir échangé avec lui a grandement influencé l’axe de la série documentaire et c’est pour cette raison qu’il intervient autant dans les séquences. KRS-One c’est une personne qui nous a dit les choses qu’on voulait entendre, même si par moments il ne nous les a dites pas comment on voulait les entendre.

JAHILL — JAMZZ ARCHIVES : Après, tu te dois de respecter les mots de KRS-ONE parce que son statut de teacher lui donne une légitimité en matière de transmission sur l’histoire du hip-hop. Bon, il est lui aussi arrivé de dire des choses surprenantes, donc on a toujours pris soin de vérifier ses dires.

Il y a eu d’autres très belles interviews, je pense notamment à celle avec Inspectah Deck, bien que ce soit quelque chose qu’on ne ressent pas forcément l’écran.

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : C’est difficile de répondre à cette question, car d’un côté tu as les belles rencontres et de l’autre des artistes dont tu es fan et que tu voulais rencontrer. De mon côté, j’ai une pensée pour notre rencontre avec M.O.P parce que je suis un dingue de ce groupe depuis des années.

Je suis également obligé de parler de la présence de Sear de Get Busy parce que c’était vital pour nous de l’avoir dans notre série documentaire. Sear de Get Busy quoi ! C’est le premier fanzine français consacré à la culture hip-hop.

C’est cool d’avoir une multitude d’entretiens avec des internationaux, mais tout aussi pertinent d’avoir des Français à l’écran parce que peu importe la langue utilisée, les propos des uns complètent ceux des autres. Le nom du documentaire c’est « Full Circle » donc la boucle se boucle en laissant la parole à toutes les personnes qui font cette culture.

JAHILL — JAMZZ ARCHIVES: Comme autre artiste international, on est aussi fier d’avoir eu Shaggy dans le documentaire parce qu’on a réussi à braquer son interview. L’histoire c’est qu’un soir on s’est pointé au Bataclan avec l’objectif de faire son interview. On savait à quel moment on allait pouvoir le choper parce qu’on avait des espions dans la salle de concert. Finalement, on se met en action et l’on termine devant une porte au 3e étage. Quand la porte s’ouvre, tu as un mec de Garance Productions, que je connais bien, qui me regarde en mode « what the fuck ! ».

L’autre belle histoire c’est d’avoir réussi à avoir Machel Montano, le Michael Jackson de la soca, parce que c’est un artiste qui passe rarement en France. Quand j’apprends qu’il est sur Paris pour les 40 ans de Kassav j’appelle Kongo, le graffeur, parce qu’il est pote avec Jacob Desvarieux. Kongo me dit de suite « tu ne vas pas appeler Jacob pour les 40 ans de Kassav afin d’obtenir une interview avec un autre artiste ! ». Jacob, on l’avait déjà eu en interview. Par contre, Kongo me propose de me mettre en contact avec sa pote, Kali Kamga, choriste de Youssou N’Dour. Finalement, c’est avec l’aide de Kali que j’obtiens un créneau pour Machel, un matin juste après avoir terminé mon job de nuit. Le plus fou dans cette histoire c’est qu’après l’interview avec Machel, qui s’est très bien passé, j’ai enchaîné le soir d’après avec Elephant Man.

L’histoire ne s’arrête pas là et c’est également en rentrant en contact avec Kali pour avoir un créneau avec Machel qu’elle m’informe de son désir d’apparaître également dans notre documentaire.

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : Je n’arrive pas à choisir un artiste que j’aurais préféré en interview, c’est plus subtil de répondre à une telle question. Disons qu’on a passé de bons moments avec l’ensemble des artistes en interview, mais c’est différent quand tu es au Tamanoir avec une légende telle que Inspectah Deck pendant plusieurs heures et qu’à la fin il ne veut plus quitter. Ça, c’est vraiment un moment que je décrirais comme inoubliable !

Je suis également très heureux d’avoir eu Madizm et Némir.

En ce qui concerne la présence de Nemir dans notre série documentaire, l’histoire est belle parce qu’on fait partie des tout premiers à l’avoir eu en interview. En fait, moi je l’ai repéré quand Tcho Antidote a posté quelque chose de lui sur Facebook. J’envoie un message à Nemir sur Facebook, on parle deux heures au téléphone et l’on s’arrange pour faire son interview à la fin d’un concert de Public Enemy.

James et jahill avec M.O.P.

IHH™ : Quelle est la suite de l’aventure pour Jamzz Archives ?

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : Le problème c’est qu’on entreprend, mais qu’il nous manque cette mentalité d’entrepreneurs, tu vois ce que je veux dire ?

JAHILL — JAMZZ ARCHIVES : On a aussi une petite phobie administrative qui nous bloque dans nos démarches. Néanmoins, la sortie de cette série documentaire nous a montré qu’on est capable de faire de belles choses et cette partie « business » devra faire partie de la suite de l’aventure. En plus, on a encore plein d’autres idées de documentaire et l’on nous suggère d’essayer de lancer un format podcast.

Produire une émission n’est pas une mauvaise idée en soi, mais c’est une activité qui te demande d’être vraiment concentré à 100 % dessus. Et puis pour le moment, je n’ai pas envie de produire une énième émission de blabla-show.

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : Je rejoins Jahill sur la question du podcast, c’est forcément un format qui va nous monopoliser et bien que l’idée soit intéressante et réalisable pour nous, on préfère pour le moment poursuivre avec nos capsules. Les capsules c’est vraiment devenu notre signature et c’est aussi un format cool à produire qui me laisse du temps pour me consacrer à la réalisation de clips vidéo. La réalisation de clips vidéo c’est vraiment une activité dans laquelle j’ai envie d’avancer et progresser. C’est une passion que j’avais laissée de côté il y a une dizaine d’années, donc désormais je ne me vois pas de freiner la cadence alors que pour 2026 j’en suis à un run de 10 clips. Par ailleurs, j’arrive désormais à un âge ou je me dis que s’il faut y aller à fond c’est maintenant. Enfin, le fait de faire des clips sera toujours plus simple que le travail que j’ai toujours connu sur les chantiers. Donc je vais essayer de poursuivre dans cette voie, parce que j’ai compris que dans ce milieu la meilleure promotion que tu puisses te faire c’est d’être productif.

Récemment, il m’est arrivé de refuser des clips vidéo gratuits pour des mecs qui sont connus et lorsque j’en ai parlé avec mes gosses ils m’ont pris pour un fou !

JAHILL — JAMZZ ARCHIVES : Le truc qu’il y a avec les gens connus c’est que si tu bosses gratuitement pour eux, ils vont t’imposer toutes leurs conditions.

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : Et puis, qu’est-ce que je vais faire avec un tel clip ? 200 000 vues peut-être et après ? Je préfère prendre un billet à la place. Au-delà de la question d’être rémunéré pour ton travail, j’ai maintenant l’habitude de collaborer avec des artistes indépendants et les sommes qu’ils investissent sont plus impactantes pour eux. Donc, pour qui est-ce que je passerais auprès de ces mêmes personnes si je les fais payer et qu’à l’inverse je fais du bénévolat pour les artistes connus ? C’est dégueulasse et on tient à notre éthique.

IHH™ : En dehors de l’aventure Jamzz Archives, sur quels projets travaillez-vous ces derniers temps ?

JAHILL — JAMZZ ARCHIVES : Je travaille sur un EP que j’ai enregistré cet été. C’est un projet orienté afro, dancehall, et il y a même un peu de reggaeton. Il y a d’autres titres sur le projet dans la veine de la chanson « Wembanyama », qui fera d’ailleurs partie de ce même EP. J’ai composé le projet avec Mani et Thomas Broussard, a.k.a. Ingenius Bastardz. Il y a encore du travail à boucler sur la partie mix, mais j’envisage une sortie pour fin février courant mars maximum.

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : De mon côté, je vais me perfectionner sur le côté montage, le cadrage et essayer d’obtenir du meilleur matos. L’idéal à l’avenir pour moi ça serait de m’entourer d’une équipe afin de pouvoir me focus sur cette partie cadrage. Je réalise que le fait d’être cadreur, monteur et étalonneur est la chose qui me va le plus.

iHH™ : Quelles conclusions tirez-vous de la campagne de financement participatif que vous aviez lancée sur la plateforme Indiegogo pour la série documentaire?

JAHILL — JAMZZ ARCHIVES : L’objectif était de nous offrir plus de temps pour réaliser le documentaire, car on a tous les deux des boulots à côté et l’on voulait aussi se payer un peu de matos pour préparer la suite. Lancer cette campagne de financement participatif était également un bon alibi pour nous afin de commencer à communiquer sur la série et exposer une première page de merchandising.

Quand le crowdfunding Indiegogo s’est clôturé, j’ai réalisé qu’on n’avait pas su engager l’entièreté de notre communauté sur ce projet. La preuve ; c’est que ce sont les Français qui ont le plus participé à cette cagnotte alors qu’ils ne représentent qu’une infime partie de notre communauté sur Instagram (40 K followers), la plateforme que l’on utilise principalement pour communiquer et publier notre contenu. Peut-être qu’une meilleure communication nous aurait permis de capter l’attention de cette partie non-francophone de notre communauté ?

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : Je ne trouve pas qu’on ait été si ambitieux. Si on l’avait vraiment été, on aurait essayé de récolter 10K. Avec une telle somme, on aurait vraiment été confortable. On aurait pu changer de matos, on aurait eu du merchandising d’avance. On aurait aussi investi dans une véritable campagne de promotion, car le but c’est de faire vivre la série documentaire sur le long terme. En vrai, j’ai envie de te dire, qui participe à un crowdfunding pour voir une série documentaire. Il faut être réaliste, de mon côté j’étais quasiment sûr qu’on n’arriverait pas à atteindre les 5K sur la cagnotte !

JAHILL — JAMZZ ARCHIVES : Tu vois,c’est pour ça qu’on ne les a pas faits ! Tu as mis les mauvaises ondes ! Tu n’aimes pas les crowdfundings déjà !

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : J’avoue que je ne voulais pas le faire de base. Mais, c’est là où l’on se complète bien parce qu’on partage nos idées. Il y a beaucoup de choses sur lesquelles on n’est pas d’accord comme cette question du crowdfunding.

JAHILL — JAMZZ ARCHIVES : En fait, sur quel postulat pars-tu quand tu dis qu’on n’aurait pas pu le faire ? Regarde, moi, j’ai fait 6K pour mon album !

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : Même pour ton album je ne pensais même pas que tu les ferais !

JAHILL — JAMZZ ARCHIVES : T’es un bâtard !

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : Ce n’est pas de toi dont je doute, mais plutôt dans la volonté des gens de mettre un billet sur une campagne de financement participatif tout court. Tu vois ce que je veux dire ? Je peux me tromper, mais j’observe et je n’ai pas l’impression que les gens ont envie de payer pour voir une série documentaire. Hormis tes proches quoi !

JAHILL — JAMZZ ARCHIVES : Mais non ! c’est un mode de financement qui fonctionne et tu as certaines campagnes qui atteignent le million.

JAMES — JAMZZ ARCHIVES : Ah bon ? Je ne voyais pas les choses sous cet angle ! De mon côté, cela me gênait de passer par une campagne de financement participatif parce qu’on a cette mentalité ou tu t’es toujours interdit de demander de peur de passer pour un mendiant.

C’est pour ça que j’y crois moins, tu vois. Cela n’a jamais été une question de douter de ce qu’on a fourni. Je sais que notre cette série documentaire, sans aucune humilité, tient très bien la route et c’est d’autant plus fort quand tu sais que c’est des choses qu’on ne savait pas faire avant. On a tout fait avec nos propres moyens, dans des conditions quand même toujours difficiles. Les créneaux qu’on a eus pour interviewer les artistes s’obtenaient à la dernière minute parce que Jahill venait tout juste de dealer le truc. Cela aurait donc été aussi intéressant d’un point de vue organisationnel d’avoir un partenaire comme une chaîne de télévision ou une plateforme pour nous accompagner sur le projet. De cette manière, on aurait pu préparer différemment nos interviews. Pas de pas stress pour caler les rendez-vous. Tu as le bon budget, le bon matos et tu peux préparer ton interview sereinement.

Retrouvez la série documentaire «Full Circle» sur la chaîne YouTube de Jamzz Archives : https://www.youtube.com/watch?v=eWThdyeKZ18&list=PLaS0O4HPThPg

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