Mort de MiCHÈLE BROUSSE, comédienne à la tendre espièglerie et citoyenne engagée. Chagrin…

Outre sa participation à nombre de films et pièces de théâtre, la mutine « madone des paumés » avait publié un disque et militait notamment au sein du Tunnel de la Comédienne de 50 ans.

Avec l’actrice et chanteuse Michèle Brousse, s’est éteinte, le 10 juin, à l’âge de 72 ans, une artiste d’une authenticité fulgurante. Sa conscience sociale la conduisait dans les rangs des luttes les plus diverses, que ce soit aux côtés des êtres fragilisés par les affres sociales, dans les mouvements de lutte pour les femmes, dans les manifs des sans papiers… Sa sensibilité à fleur d’âme, qu’elle planquait volontiers derrière une drôlerie mutine, lui rendait insupportables la douleur d’autrui et toute forme d’injustice. Ses multiples préoccupations citoyennes n’entamaient en rien son investissement premier : celui pour ses deux fils, Tchaka et Saya, ses amours suprêmes. A vous, Tchaka et Saya, avec qui j’ai eu la joie de partager de précieux moments, j’exprime ma profonde sympathie, ainsi qu’aux proches de Michèle et à son public.

La détresse a emporté notre Michèle

Je voudrais tellement être à la hauteur de ta dignité, ma chère Michèle. Toi, que j’ai vu souffrir en silence, tandis que la faucheuse approchait et que je ne voulais y croire, tant je m’accrochais à l’espoir, démesurément.

Je suis en colère, parce que le système administratif, sous prétexte de te protéger, t’a catapultée dans une précarité féroce, toi, belle artiste, qui avais collaboré avec des personnalités aussi riches que le dessinateur Reiser, les réalisateurs John Berry et Jacques Rozier, la réalisatrice Christine Carrière ou encore l’irremplaçable Bernadette Lafont, ton amie.

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Photo : © C. Confortès / D.R.

Foudroyante, la détresse t’a emportée. Aujourd’hui, l’émotion m’étreint, et je peine à écrire, pétrifiée par le spectre du dénuement qui s’était abattu sur toi. Tu refusais d’en parler, par pudeur, plus précisément « par dignité », m’avais-tu soufflé, le jour où je t’ai exprimé le souhait de lancer une cagnotte pour te venir en aide. Maintenant que tu es partie, ont fleuri, sur les réseaux sociaux, des couronnes de messages d’amour, que te dressent des personnes éplorées, sidérées de découvrir les difficultés incommensurables dans lesquelles tu te débattais, discrètement, trop discrètement, adorable Michèle…

Le Tunnel de la Comédienne de 50 ans

Dès 1985, tu avais illuminé, de ta fraîcheur et de ton engagement solaire, la comédie « Vive les femmes » (de Claude Confortès), aux côtés de Roland Giraud et de ta regrettée amie Pauline Lafont. Ton parcours de comédienne, au théâtre et au cinéma, t’a amenée à jouer dans « Le Bonheur a encore frappé ! » (de Jean-Luc Trotignon, 1986), « Les Oreilles entre les dents » (Patrick Schulmann, 1987), »Toubab Bi » (Moussa Toure, 1991), « La Confusion des Genres » (Ilan Duran Cohen, 2000), « Fauteuils d’orchestre » (Danièle Thompson, 2005), « Le Code a changé » (Danièle Thompson aussi, 2009) et bien d’autres œuvres.

Michèle Brousse (tout à gauche) et, notamment, la comédienne Mata Gabin, la photographe Sophie Le Roux et, à droite, Fara C., lors de la conférence « Où sont les femmes ? » (Paris, 2018)
Photo © Valérie Barrios

Lors d’une de mes conférences musicales sur l’invisibilisation des femmes artistes, en 2018, tu étais venue parler des objectifs et des actions de la commission Tunnel de la Comédienne de 50 ans, initiée par l’AAFA (Actrices Acteurs de France Associés), qui travaille à accompagner, protéger et promouvoir les actrices et les acteurs dans leur parcours professionnel. Cette commission, dont tu as été l’une des premières figures, combat les stéréotypes sexistes liés à l’âge des comédiennes et, en particulier, le silencieux évincement des comédiennes de plus de cinquante ans.

En 2014, toi qui as toujours aimé chanter, tu t’es jetée à l’eau, tu as auto-produit et publié ton premier album, le burlesque « La Madone des Paumés ». Le dessin de pochette est signé du grand Carali, avec lequel tu avais en commun cette aptitude à tresser humour et sensibilité à vif. Un album que tu voulais « farfelu, avec de vraies chansons d’amour ». C’est l’ancien guitariste de Georges Brassens, Joël Favreau, qui a composé le titre éponyme. Sous les baguettes d’Alain Richard, batteur du groupe et arrangeur de plusieurs titres, le steel drum dissémine ses notes perlées sur des fragrances de reggae. Thibaut Gérôme (claviers) et Yvonnick Chalot (basse, contrebasse, soubassophone), issu du cirque contemporain, complètent la formation, avec Alain Richard.

Vidéo : « La Madone des Paumés », de Michèle Brousse/Joël Favreau, avec Thibaut Gérôme (claviers), Alain Richard (steel drum, batterie), dessins de Paul Carali.

La majeure partie des autres compositions sont de Marc Madoré, qui, officiant en outre à la basse, à la guitare et aux claviers, dispense un groove souple et prenant. Madoré a conçu, avec l’immense chanteuse, autrice et compositrice brésilienne Mônica Passos, la musique de « Fofolita ». Cette ode badine évoque « la vie poétique d’une femme légère, toute entière dédiée au plaisir ». Michèle Brousse m’avait expliqué : « C’est ma dédicace aux machistes de tout poil. Je suis fière de cette composition cosignée par Mônica Passos et Marc Madoré, deux artistes que j’admire infiniment ».

Se succèdent un tendre hymne à Claude Nougaro, des couplets factieux adressés aux phallocrates (« Blaireau »), ou encore le coquin « Petit piment » (« cette fête enfantine du corps et du cœur, quand les sentiments font brûler la peau »), porté par un zouk-love que vient éclairer la flûte de Sandra Ellama

Sa facétieuse ronde de mots et son sourire soleil

Michèle Brousse a écrit les paroles de chacune des dix chansons. L’émotion distillée par « Le Monde Magique » conclut le disque. « C’est sur une musique de mon père, Charles Brousse, disparu en 2012, que j’ai écrit ce texte, m’avait confié Michèle. Papa était content que je reprenne, à ma façon, ses jolies musiques ».

En cette nuit du deuil impossible, tandis que j’écoute l’espiègle ronde de mots et de notes à laquelle nous convie l’album, je retrouve notre pétillante Michèle. Au fil des chansons, elle décoche avec jubilation ses flèches facétieuses et sème son sourire soleil, si consolateur, aujourd’hui.

FARA C.

INFORMATIONS PRATIQUES :

Jeudi 18 juin, à 11h30, obsèques de Michèle Brousse, au Cimetière du Père Lachaise, à Paris.

Michèle Brousse, CD « La Madone des Paumés » (autoproduit).

Voir : http://www.agencea.fr/artiste.cfm/83306-michele-brousse.html

L’AAFA/Tunnel de la Comédienne de 50 ans : https://aafa-asso.info/category/tunnel/

https://www.facebook.com/faracnews

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