KEDIJAK,
Nouveau venu dans une scène musicale en pleine mutation, Kedijak construit son univers à la croisée des mondes, entre ses influences caribéennes et des sonorités plus urbaines. A force de visuels léchés et de titres qui font leurs preuves, nous sommes partis à sa rencontre. Il revient sur son parcours, ses inspirations, son processus de création et les projets qui l’animent. Une échange sincère pour mieux découvrir l’artiste derrière le nom.
Interview : La Rédaction
iHH™ : Vous êtes aujourd’hui connu sous le nom de Kedijak. Derrière ce nom d’artiste, qui êtes-vous ? Comment est né ce pseudonyme d’ailleurs et quelle histoire raconte-t-il ?
Kedijak : Je suis un artiste Antillais originaire de Guadeloupe. J’ai grandi entre la Guadeloupe, Saint Martin et Saint Barth. Kedijak me représente mais aussi mes frères et sœurs. D’ailleurs, il est composé de toutes les lettres de cette fratrie. En effet, nous avons en commun un père un peu dysfonctionnel. Le personnage raconte surtout une relation père-fils un peu particulière. Les bons moments parfois mais surtout les moments douloureux. Il raconte aussi ma vie dans les îles. La version cachée que personne ne connaît.
iHH™ : À quel moment la musique est-elle arrivée dans votre vie ? Et comment se déclenche ce qui arrive aujourd’hui ? Y a-t-il eu un déclic, une rencontre ou un événement qui vous a poussé à franchir ce pas ?
K : La musique a toujours fait partie de ma vie. Elle m’accompagne à chaque instant. Dans les îles on grandit au rythme des tambours de carnaval, ou des fêtes de quartiers, la musique est forcément présente partout. Et en plus de ça, j’ai toujours aimé écrire ce qu’il m’arrivait. J’ai beaucoup composé d’instru pendant un moment, c’était une passion. Depuis, je dois avoir 3 ou 4 disques durs avec des morceaux qui ne verront sûrement jamais le jour, ou en tout cas pas maintenant. Ensuite, la rencontre avec Antoine Besse (réalisateur de film) m’a énormément aidé à canaliser ma DA musicale mais aussi visuelle. Il a joué un rôle clef pour moi et a su mettre en image ce que reflétait ma musique et c’est très important pour moi. Il a visé juste dans la proposition en image de ce que j’écrivais.
iHH™ : Votre musique porte une identité tout à fait personnelle, comment définiriez-vous votre univers artistique à quelqu’un qui vous découvre ? D’ailleurs vos clips ont une esthétique très léchée, vous vous investissez personnellement dans l’image faites de vos sons?
K : Que je le veuille ou non, la mélancolie et ma vie personnelle reviennent souvent sur le tapis au moment d’enregistrer. Je ne peux pas me permettre de passer à côté ou de ne pas m’en servir. Ce sont les premières émotions, les premières paroles qui me viennent à l’esprit . C’est plus simple pour moi plutôt que d’essayer d’inventer une vie ou une histoire qui ne serait pas lié à ma vie.. Les clips sont la continuité de mon univers, ils sont une extension en image de ce que je raconte dans mes titres. J’investis tout ce que j’ai dans mon art. Et comme je le disais j’ai la chance de travailler avec un réalisateur (et ami) qui a compris ma vision et ma vie. Ce qui simplifie l’aboutissement visuel de mes morceaux. On peut donc rentrer dans ma musique par le son ou par l’image et c’est important à mon sens.
iHH™ : Être de Saint Barthélemy, est-ce une source d’inspiration, une responsabilité ou les deux ?
K : Je suis originaire de Guadeloupe, j’habite à Saint Barthelemy aujourd’hui. J’ai beaucoup déménagé dans la Caraïbe, en effet ma mère est venue à Saint Barth pour s’en sortir quand j’étais jeune . La Caraïbe est clairement une source d’inspiration et c’est mon quotidien. C’est un milieu cosmopolite (Anglais/Creole/latino), un carrefour de nombreuses cultures qui s’alimentent les unes les autres. Le mix culturel est, je pense, la chose que je préfère chez moi. Mais je dirais que la seule responsabilité que j’ai réellement c’est celle de mes enfants, pour le reste…c’est une tout autre chose.
iHH™ : Dans une industrie musicale où tout évolue très (trop) vite, comment faites-vous pour rester fidèle à votre identité ? Et ne pas céder à l’appel de la facilité !
K : J’ai toujours été une tête de mule. Je déteste que l’on me dise que je ne peux pas faire quelque chose. Je pense que ce que je recherche vraiment c’est la liberté. Du coup j’essaie tout simplement de faire ce qui me plait. J’avance et c’est le plus important. On apprend de tout et vu mon caractère je suis obligé d’avancer.
iHH™ : Les réseaux sociaux et YouTube occupent aujourd’hui une place importante dans la carrière d’un artiste. Comment vivez-vous cette proximité permanente avec votre communauté ? Est-ce une force ou parfois une pression ?
K : Je pense être au début de mon histoire et de mon parcours artistique. Je peux pas dire que ma communauté me mette la pression, au contraire, elle est plutôt motivante et bienveillante, c’est elle qui écoute et regarde en premier ce que je fais. Les premiers retours sont plutôt positifs pour moi, après 2 clips, c’est forcément un encouragement à persévérer dans ma voie. J’essaye de me concentrer sur la tâche à accomplir qui consiste pour l’instant à partager et promouvoir mon premier projet au maximum. On commence à faire exister ma musique aux yeux et aux oreilles du plus grand nombre, ça passe donc par le son et l’image, les plateformes de streams et les réseaux sociaux.
iHH™ : Derrière chaque morceau, il y a une histoire. Y a-t-il une chanson de votre répertoire qui vous touche plus particulièrement parce qu’elle raconte un moment important de votre vie ? (Que ce titre soit sorti ou non d’ailleurs).
K : Oui, celui qui me touche à chaque fois que je le réécoute et que j’y repense, c’est le morceau « Payback » qui est le dernier titre de mon EP. Il raconte un enfant qui n’a pas besoin de ressembler à son père, il s’affranchit de la relation père-fils pour se frayer son propre chemin. Pour que, finalement, lui-même devienne père à son tour. C’est un cycle naturel, mais c’est un moment important que je devais raconter. Je raconte ça avec mes mots et mon histoire.
iHH™ : Quels sont les principaux défis auxquels un artiste indépendant est confronté aujourd’hui, selon vous ?
K : Sincèrement, la promo est un défi, j’aimerai être entendu par le plus de gens possible, et je ne compte pas changer mon propos. Aujourd’hui, on peut vite être noyé dans la masse, être 1 parmi des millions. Beaucoup de choses sortent, et c’est une peu dans tous les sens, sans que les auditeurs et même le public C’est pour ça qu’on a choisi une bataille de longue durée avec une histoire, une DA, un perso…
iHH™ : Quels sont vos projets pour les prochains mois ? Un Ep, un album…, simplement des titres ?
K : Là, normalement, il y aura un single ou deux avant la sortie du EP (qui est déjà bien avancé pour ne rien vous cacher)… Puis j’aimerais garder le rythme avec un autre EP et pourquoi pas un album d’ici 1 ans ou 2. L’idée c’est de faire une course de fond, alimenter un public qui découvre chaque jour et conserver un rythme. C’est un plaisir de faire de la musique, que je me dois de sortir. Savoir comment elle est perçue, que ce soit par le public ou même par les médias. Je ne changerai pas mon fusil d’épaule, mais quand tu fais un titre il doit vivre et donc être soumis aux oreilles des gens.
iHH™ : Où vous imaginez-vous dans cinq ans, en tant qu’artiste mais aussi en tant qu’homme ?
K : Ma vie personnelle est déjà bien remplie, j’ai 3 enfants qui sont une passion et à qui j’accorde tout le temps que je peux leur consacrer, car c’est quelque chose d’important. Finalement, l’une des difficultés pour moi c’est de trouver du temps pour faire de la musique. Il me faut trouver le temps pour en faire, ce ne sont pas les idées qui me manquent ni l’inspiration, mais il faut que je puisse me poser pour avancer sur mes idées. Mon objectif final serait d’en vivre, par le biais des sorties de titres et projets, mais aussi par les concerts.
iHH™ : Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite suivre un parcours similaire au vôtre (dans la musique comme dans le sport) ?
K : Il faut écouter tout le monde, parce que tous les avis sont bons à prendre mais finalement il faut en faire qu’à sa tête, car tu fais ta musique, pas celle des autres. Exister dans la musique, c’est faire sa musique, pas celle des autres. Si ce que je dit fédère, c’est tant mieux, mais ça reste mon propos, ma proposition musicale, pas celle que j’aurai pris à x, y ou z. Fais ta musique avant tout, quand le public te suivra, tu n’en seras que plus fier.
iHH™ : Que peut-on vous souhaiter pour le suite?
K : Le meilleur !!! Inch’Allah !



