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iHH™ LIVE REPORT : CABARET VERT 2018

Finir l’été dans les Ardennes : dit comme ça, il pourrait paraître difficile d’y envisager un séjour digne des Caraïbes, mais le Cabaret Vert avait encore mieux à nous offrir ! On avait une très bonne raison d’atterrir à Charleville-Mézières à la fin du mois d’Août, on vous raconte tout. A l’occasion de sa quatorzième édition, le festival du Cabaret Vert a confirmé sa réputation en proposant une programmation solide et fédératrice, faisant notamment la part belle au rap, on ne pouvait vraiment pas ne pas en être!

Depuis de nombreuses années, ce festival, qui compte parmi les premiers à avoir orienté sa communication sur l’écologie et le recyclage, tâche ardemment de combattre la morosité qui peut régner dans les Ardennes à la fin de l’été et sa programmation s’est vue renforcée d’année en année. Aujourd’hui le Cabaret Vert peut clairement se targuer de faire partie de la cour des grands, entre autres festivals français comme les Eurockéennes, Rock En Seine ou Les Vieilles Charrues. Pourtant, il suffit d’arriver sur le site pour s’apercevoir qu’ici tout est à échelle humaine, on ne se marche pas dessus, il n’y a pas deux kilomètres entre deux scènes, les stands pour boire ou manger s’identifient rapidement, l’espace presse est en plein milieu du festival, et nous accueille chaleureusement ! Et enfin… on est en plein coeur de Charleville-Mézières! Mine de rien, cette ambiance là est appréciable, surtout après avoir écumé les festivals mastodontes de l’été (rappelez-vous notre weekend surréaliste en Hollande pour le Woo Hah!).

Nous arrivons donc le vendredi 24 août sur place, et pour nous accueillir en fête, qui de mieux que les Svinkels ? S’il faut bien reconnaître d’emblée quelque chose au groupe de Gérard Baste, c’est qu’il possède une vraie connexion avec son public, les fans incollables sont d’ailleurs nombreux à s’agglutiner devant la scène avant même le début du show. Rapidement, le trio de rappeurs, accompagné de DJ Pone lui-même, déploie son rap indéfinissable avec une énergie contagieuse. Depuis plus de vingt ans, l’apanage des Svinkels a toujours été de mêler subtilement leur maitrise indéniable du comique à un rap flirtant en permanence avec le punk, et ce retour sur scène est une franche réussite.

Le temps fort de la soirée n’ayant lieu qu’à 21h40, c’est l’occasion de s’imprégner d’avantage du festival, d’abord en compagne de Seasick Steve et son blues folk, tout guitare et banjo dehors. Il fait bon et la déambulation nous mène vers un espace à la mode steampunk avec ses décors sortis tout droit d’un film à la MadMax. Le théâtre de rue tient aussi une place importante au sein du Cabaret Vert et de petites représentations sont organisées en parallèle des concerts. Enfin, passage obligatoire à l’espace conférence pour un débat sur la place des femmes dans le rock et le hip hop en compagnie de Big Red, membre du groupe Rapsonic ainsi qu’EloïseBouton, cofondatrice du média Madame Rap, pour ne citer qu’eux.

Il est rapidement l’heure de se diriger vers la grande scène pour le concert de Suprême NTM, moment clé du festival. La foule se fait plus dense et se presse majoritairement dans la même direction. Ce sera donc la deuxième scène de DJ Pone ce soir, cette fois en binôme avec DJ S. Introduction en grandes pompes pour le Suprême et sa scénographie ahurissante. Kool Shen et Joey Starr débarquent sur une scène bardée d’un immense « NTM » en lettres lumineuses, et les paroles des morceaux phares du groupe sortent autant des bouches des plus jeunes festivaliers que des anciens. La symbiose est belle et le symbole d’autant plus fort pour un groupe pilier du rap français. Les jeunes arrivés dans le rap game n’ont qu’à bien se tenir, le Suprême continue de placer la barre très haut tant par son énergie que par son flow toujours impeccable.

On enchaîne rapidement sur la même scène avec Damso. Show calibré pour le rappeur bruxellois qui semble faire preuve d’un calme presque trop olympien, l’auteur de l’excellent ‘Lithopedion’ sent rapidement qu’il est en territoire conquis, les paroles sont maîtrisées par le public et c’est là que l’on peut se rendre compte qu’avec trois albums, il possède un palmarès impressionnant de hits. La pluralité des prods permet à Damso de naviguer et jouer sur les sensations de son public, qui va tantôt se mettre à danser, tantôt prendre une posture plus solennelle. Les fans semblent rassasiés, de notre côté, on reste tout de même légèrement sur notre faim. Damso est seul avec son DJ sur scène, et malgré le beau travail de lumière et de projections (impeccable), la performance générale reste assez linéaire. On a envie d’en voir plus, il faudra retenter l’expérience en salle dès la rentrée.

Le samedi démarre sur les chapeaux de roues avec le gagnant du Buzz Booster 2018 et (grand-)régional de l’étape (Nancy): Kikesa. Ce dernier n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai, programmé un peu partout depuis le début de l’été dans de nombreux festivals et pour notre plus grand plaisir. En le voyant débarquer sur scène,

le jeune rappeur est clairement calibré pour livrer un show bourré d’une énergie solaire contagieuse, son identité en live est marquante et le public s’avère fin connaisseur. Le concept du « Dimanche de Hippie » lancé sur YouTube a fait son chemin, et Kikesa tire finement son épingle du jeu, autant sur les réseaux que sur la scène du Cabaret Vert. Avant de partir, Kikesa offre à son public une petite surprise avec la présence de Seb la Frite, youtubeur populaire lui ayant consacré une vidéo frôlant les 2 millions de vues.

La suite de la journée nous permet de ralentir la cadence, avant enchaînement fatidique qui viendra clore notre séjour au Cabaret. On prendra notamment le temps d’apprécier le set de Vladimir Cauchemar, l’intro de Phoenix, puis direction la scène Illuminations pour la prestation d’Hamza.

Le rappeur belge de 24 ans au flow si particulier et sensuel délivre un concert dans la pure veine chaleureuse de son dernier projet en date: 1994. Le public plutôt jeune est conquis et connait toutes les paroles par cœur. Le jeune homme évolue sur scène avec une nonchalance maîtrisée, enchaînant les refrains et les couplés à mi chemin entre le rap et le chant. Reprenant tous ensemble le cri de ralliement du rappeur, le public, conquis, entonne régulièrement « Sauce God » à plein poumons.

On termine en couleurs et sans interlude avec Moha La Squale, dernier concert rap de la soirée, et quel concert pour l’occasion. Le rappeur originaire de Créteil monte sur scène tel un bulldozer, les fauves sont lâchés, l’ambiance s’électrise et le public survolté n’en demande que davantage. Il faut dire que le jeune homme a une présence scénique incroyable, et sa gueule de cinéma très expressive fait mouche. L’énergie débordante du concert contamine rapidement toute l’assemblée et c’est une digne manière pour nous de conclure ce reportage résolument rap Cabaret Vert, sans fausse note !

La nuit se termine par l’excellent concert de Shaka Ponk et, nous avons beau être un média hip-hop, difficile de passer à côté de ce groupe mêlant tous les genres dans un rock débordant d’énergie et de bonne humeur. La scénographie et ses écrans géants, projetant des animations avec lesquelles Samaha et Frah interagissent est absolument géniale. Les moyens et l’énergie sont là pour faire vivre à toute la foule un moment inoubliable, chapeau !

Bien sûr, et pour conclure, chapeau bas surtout au Cabaret Vert pour son organisation impeccable avec un site qui reste propre pendant toute la durée du festival grâce à des bénévoles ultra réactifs et courageux, et une ambiance qui demeure festive et bon enfant même tard dans la nuit. En somme, l’endroit parfait pour finir la tournée des festivals et se préparer à la rentrée. Pas besoin de cocotiers, alors on vous dit à l’été prochain !

Pour retrouver l’intégralité des photos du Cabaret Vert 2018 c’est par ici

Maude Jonvaux et Sébastien Muzi