Originaire de Genève, Skoob le 13 vient d’envoyer sa “Purp Love Tape”, un premier projet mélodieux et personnel. Il s’est entretenu avec iHH™ Magazine, l’occasion de revenir sur ses débuts sur SoundCloud, ses inspirations outre-Atlantique, ou encore son rapport à la scène suisse. Regardez le ciel, c’est sa seule limite. 

Interview : Dorian Lacour

iHH™ : Salut, est-ce-que tu pourrais te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ? 

Moi, c’est Skoob le 13, ça fait depuis deux ans que j’ai vraiment commencé la musique, que j’enregistre en studio. Maintenant, j’ai mon homestudio, je travaille à fond chez moi. Ça fait depuis facilement un an que je travaille sur la “Purp Love Tape” qui comprend des morceaux récents et d’autres beaucoup plus anciens. C’est un univers, je ne saurais pas vraiment comment te le décrire, mais c’est mélodieux. Je raconte des moments de ma vie, mes aventures.

iHH™ : Tu viens de Suisse, une scène particulièrement dynamique ces dernières années. Comment est-ce-que tu as choisi de te mettre au rap ? 

En vrai, j’ai un ami d’enfance, P2 Lvxx, qui est beatmaker. J’ai vu petit à petit qu’il balançait des prod° sur Insta et qu’il commençait à vraiment s’y mettre. Un soir, j’ai commencé à rapper des textes, je lui ai proposé de faire une session et il a tout de suite dit oui. On a senti il y a deux ans que ça pouvait le faire. Peu après, j’ai envoyé mon premier son sur SoundCloud. Le rap c’est un moyen de dire ce que tu ressens, c’est magique. Je pourrais pas penser à m’exprimer autrement. C’est une échappatoire pour moi, on a tous des problèmes et ça permet de les apaiser. Vraiment, à chacun de mes sons, que ce soit une mélo ou de la trap, il y a toujours au moins une phrase dans laquelle je ressors ce que je ressens, et que j’arrive pas à dire autrement.

iHH™ : On sait que beaucoup de rappeurs émergent à Genève, mais au niveau des infrastructures, des studios… On en est où ? 

Ce qui est vraiment dommage, c’est que ça manque d’infrastructures. Il y a des bons studios et tout, mais chacun a son équipe et n’a pas vraiment envie de partager. En Suisse, il faut avoir des connaissances. C’est pour ça que j’ai mon studio chez moi, c’est moins de galères et je suis beaucoup plus en immersion. En vrai, je vais pas te mentir, les maquettes je peux les faire moi-même. Mais pour avoir un truc vraiment quali, il faut avoir les moyens de payer une équipe, et c’est compliqué ici. 

iHH™ : Pour parler de la scène rap suisse, est-ce-que tu penses que les choses bougent assez pour que vous deveniez une scène francophone de premier ordre, comme la Belgique ? 

Franchement, je pense qu’on a totalement nos chances. Certains veulent faire comme en France, c’est pas une critique, mais je trouve que c’est un peu bête, parce qu’on est un pays à part. Je pense qu’on peut créer un truc vraiment unique. Makala a fait beaucoup de bébés ici, Slimka est très très chaud… Franchement, on a de gros artistes. Les gens de mon âge ont la dalle. J’ai confiance.

iHH™ : Tu penses, à l’heure actuelle, qu’un rappeur suisse romand est forcé à l’exil pour exploser ?

Très bonne question. Je pense que oui. Pour l’instant, on a pas encore la visibilité nécessaire pour ne rester qu’ici. Il faut se déployer où tu peux, vraiment, et dire tout le temps que tu viens de Genève. Après ça, les gens qui kiffent ton délire vont venir voir ce qu’il se passe en Suisse. Ce sera bénéfique pour tout le monde. 

iHH™ : Donc tu as sorti ton projet “Purp Love Tape” le 12 février 2021. Est-ce-que tu pourrais m’expliquer ce titre ? 

En fait, je trouve que le violet c’est une couleur qui englobe plein de sentiments, de sensations et d’émotions. Tu peux être énervé, amoureux, triste, il y a des hauts et des bas, mais c’est aussi l’amour du cash et le business. Le violet je trouve que ça englobe tout ça assez bien. C’est presque métaphorique. 

iHH™ : On sent que tu es très inspiré par la scène américaine, dans tes prod° ou dans tes lyrics. Quels artistes t’ont inspiré ? 

Quand j’ai fait la “Purp Love Tape” j’écoutais beaucoup Young Benz, dans ses flows mâchés, très drip. Pour les mélos je regardais plutôt du côté de Don Toliver. C’est vrai que je me réfère énormément aux américains pour mon rap, parce qu’ils ont encore beaucoup d’avance et je comprends leur délire. Après, je ne copie pas bêtement ce qu’ils font, mais c’est eux qui m’inspirent.

iHH™ : Quelles sont tes ambitions avec cet EP ? 

Je pense que la “Purp Love Tape” c’est plutôt un échantillon de ce que je peux proposer. C’est vraiment un travail sur un an, une sorte de message : “vous avez aimé mes anciens sons, regardez ce que je peux faire”. C’est un step au dessus de ce que proposais avant, il y a des nouvelles sonorités. Ça reste dans le même univers, qui est le mien, mais j’essaye d’aller plus haut avec ce projet. 

iHH™ : Quelle importance a l’autotune dans ton rap ? Tu déformes parfois ta voix à outrance, ça donne une patte particulière à tes morceaux… 

C’est important, en tout cas dans mes derniers sons il y a beaucoup de mélo et j’essaye de venir sur le chant, enfin pas en mode Jason Mraz non plus. Je pourrais faire des sons sans autotune, mais c’est vrai que je trouve que ça apporte beaucoup pour l’univers que je veux créer. C’est ce que j’aime faire en ce moment mais je ne me bloque pas dans un truc 100% mélo, ce serait bête. 

iHH™ : Quelle place joue Internet dans ta carrière ? 

Déjà, j’ai commencé sur SoundCloud, donc sur Internet. Il y aura toujours des gens qui diront que je suis un rappeur cloud, mais je n’ai pas vraiment créé une communauté sur SoundCloud, ça veut dire que j’en suis assez détaché aujourd’hui. Après pour revenir à la question, c’est hyper important. Tu peux faire un feat avec un thaïlandais, y a vraiment du bon partout. Je peux comprendre ceux qui disent que ça bouleverse trop la musique, mais moi ça m’aide de ouf. Il y a tellement de gens qui font des prod° et qui les mettent sur YouTube. Tu peux très vite prendre contact avec un mec à Toronto ou à Atlanta. Internet a brisé les barrières, tout le monde peut se connecter. Sur la “Purp Love Tape” on a pris des beatmakers qui viennent des États-Unis par exemple. 

iHH™ : Tu ne convies aucun autre artiste sur la “Purp Love Tape”, et même en général hormis une collaboration avec Zecca on te voit rarement avec d’autres artistes. Pourquoi ça ?

Pour l’instant, j’aimerais vraiment que les gens apprennent à me connaitre. Le feat avec Zecca s’est fait comme ça, parce que c’est un pote. Mais je voulais vraiment démarrer tout seul pour que le public me découvre. Dans ce premier projet je ne voulais faire que du Skoob, pour qu’on puisse me reconnaitre. À l’avenir par contre je ne suis pas du tout fermé aux collaborations !

iHH™ : Le morceau de conclusion de l’EP, “OnMaLeft”, commence par un extrait de Mia Wallace dans “Pulp Fiction”. Le cinéma joue-t-il un rôle dans ton rap, que ce soit ton écriture ou ton mood ? 

Franchement, “Pulp Fiction“, j’adore ce film. Les fans de ciné vont me dire que c’est pas le meilleur des Tarantino mais moi j’ai trop kiffé, c’est un des films que j’ai préféré. Le cinéma, et surtout les histoires de gangsters, ça m’inspire. Je ne dirais pas que c’est ma plus grande influence, mais c’est sûr que ça joue un rôle dans ma musique.  

iHH™ : J’ai l’impression qu’une ambition qui ressort aussi de ton rap c’est la volonté de s’enrichir. Ça revient assez souvent dans le rap francophone, mais chez toi ça occupe une place importante. Pourquoi ça ?

En vrai, dès que t’as de l’argent, t’as accès à plein de choses. T’es plus écouté, plus reconnu. C’est hypocrite mais c’est comme ça. Moi c’est pas pour faire le malin que je dis ça. Quand t’as de l’argent, t’es respecté, t’es quelqu’un de haut dans la classe sociale…

iHH™ : Tu considères le rap comme un moyen d’élévation sociale aujourd’hui ? 

Je pense que certains le font pour être reconnus, tout comme y en a qui le font juste parce qu’ils kiffent ça. On en revient à l’argent, mais quand t’en as t’es tranquille. Kanye West s’est présenté aux élections ! Il a fait n’importe quoi mais il a quand même pu faire ça. Akon il a fait construire une ville au Sénégal, c’est chaud, le rap ça peut permettre de devenir quelqu’un vraiment. Booba en plus de la musique il a sa marque de whisky [le D.U.C Whisky – NDLR], Damso aussi il a une marque. Je pense que le rap peut ouvrir tellement de portes, en vrai il faut penser loin et grand.

iHH™ : Si on ne devait retenir qu’un seul morceau de la “Purp Love Tape”, ce serait lequel ? Et pourquoi ? 

Je dirais “CashMelody“, parce que c’est un morceau que j’ai vraiment mis du temps à écrire, c’est du réel. C’est vraiment un son dont je ne pourrais pas me lasser. Mais tout le projet est lourd, il faut tout écouter !

iHH™ : Comment tu vois l’avenir pour toi ? 

Pour la “Purp Love Tape” je n’avais pas beaucoup d’attentes, parce que c’est mon premier projet, il n’y a pas une énorme hype autour de lui. Par contre, je vais continuer sur le même rythme, je bosse de plus en plus, on a une bonne énergie. Si ça continue comme ça, on peut aller loin. On a une bonne mentalité moi et mon équipe, si on reste sur cette même dynamique j’ai beaucoup d’espoirs.


Vous pouvez écouter la “Purp Love Tape” de Skoob le 13 juste ici :