Face à la crise du Covid et l’arrêt des évènements culturels, les attachés de presse en France se sont retrouvés dans une situation très précaire. Afin de s’en sortir et d’obtenir la reconnaissance qu’ils attendent, de nombreux professionnels du secteur ont pris la décision de former un syndicat : Après. Si l’objectif principal de celui-ci est d’obtenir aux attachés de presse les aides de l’État dont ils ont besoin, d’autres combats sont menés sur le long terme.

Texte par : Nicolas Sadourny

Le monde de la culture en France est à l’agonie depuis maintenant un an. De nombreux évènements annulés, des salles de cinéma fermées et des artistes qui ne peuvent plus défendre leurs oeuvres en public. Les métiers impactés sont nombreux, et parmi eux, il y a celui des attachés de presse.

Attaché de presse, c’est un métier méconnu, donc forcément peu apprécié. C’est pourtant bien lui qui est chargé d’amener un artiste sur le devant de la scène. Convaincre des organisateurs du spectacle de le présenter, organiser les rencontres et les partenariats, gérer ses relations professionnelles et son réseau… Un métier de l’ombre qui bien souvent permet aux artistes de décoller.

Et aujourd’hui évidemment, ce métier est en grande difficulté. Impossible de promouvoir un nouvel album avec un concert quand les salles de spectacle sont fermées. Impensable d’organiser un festival quand les rassemblements sont interdits. En plus de cela, trois quarts des attachés de presse indépendants en France ne sont pas éligibles au fonds de solidarité mobilisé par l’État pour permettre aux professionnels de tenir financièrement. Face à ce gouffre, il fallait trouver des solutions.

Se mobiliser pour survivre

Les premiers signes de rassemblement ont commencé en janvier 2020. Maxime Nordez, attaché de presse indépendant, avait alors rejoint un groupe de discussion en ligne. Une centaine d’attachés de presse s’y retrouvaient pour discuter :“On pouvait y poser des questions, demander des tuyaux et partager des opportunités”. Un collectif s’est finalement formé en avril, avant de devenir officiellement un syndicat en octobre : Après (Attaché.e.s de Presse Réseau Entraide Syndicat).

Environ 150 attachés de presse indépendants ont été identifiés en France par Après. Avec 95 adhérents au syndicat, c’est ainsi deux tiers des professionnels du secteur qui se sont réunis. Maxime en fait partie :“J’ai rejoint ce syndicat parce qu’il faut qu’on soit entendus. Par le ministère de la culture et par les autres organisations culturelles. Il fallait se fédérer pour ne pas mourir”.

Maxime Nordez, attaché de presse depuis quinze ans.

Comme d’autres dans son secteur, Maxime a essayé des alternatives pour continuer la promotion de ses artistes, sans grands résultats :“On a tenté de nouvelles expériences, les concerts live, le lien par les réseaux sociaux. Ça a marché pendant deux mois parce que c’était neuf, puis les grosses marques s’y sont mises et c’est devenu mainstream. Donc on ne pouvait plus tenir”.

Lutter afin d’être reconnus

Le premier objectif d’Après était d’obtenir la reconnaissance du métier d’attaché de presse indépendant auprès de l’État, une condition nécéssaire pour obtenir les aides nécessaires dont le fonds de solidarité. Une longue procédure juridique qui consiste notamment à changer le code APE de la profession afin qu’elle soit éligible aux aides.

Pour Lara Orsal, Secrétaire Générale du syndicat, cette attente de résultats met chaque jour un peu plus la profession en péril : “En 2019 le revenu moyen d’un attaché de presse indépendant était d’environ 26 000€ net. En 2020 il était d’environ 15 000€ net. Ces entreprises qui risquent de disparaître portent les compétences et le savoir nécessaire à notre métier. On attend depuis cinq mois maintenant le fonds de solidarité, et de nombreux dossiers sont toujours en traitement. On est dans un gros flou juridique”.

Des premiers résultats

Ce 15 mars, le CNM (Centre National de la Musique) a voté la création d’un fonds à hauteur de 3 millions d’euros pour les managers, agents, attachés de presse et entreprises du spectacle. La situation reste critique, mais certains membres du syndicat se sentent tout de même mieux face à l’avenir incertain :“Aujourd’hui on a moins d’angoisse” affirme Maxime. “On est inquiets pour le secteur de la culture en général, mais au moins on se sent rassurés de savoir que nos voix sont portées et que l’on est pas seuls. Et puis on peut réfléchir à la reprise des activités ensemble, parce que quand la situation redeviendra normale il y aura un énorme embouteillage pour les promotions d’albums, les concerts…Des problèmes qu’il faut anticiper”.

Lara Orsal elle, n’espère pas une reprise d’activité avant automne 2021 : “Avec tout ce qu’on a vécu, on a appris à être prudents”.

Une solution sur le long terme

Le syndicat Après a été fondé dans une situation d’urgence pour répondre à une crise. Cependant, tous s’accordent à dire que ce groupe a une raison d’être par delà le Covid. Lara Orsel y voit un moyen d’aborder des problèmes au sein de la profession bien antérieurs au coronavirus : “Il y a plein de chantiers sur lesquels nous devons travailler, certains d’entre nous y pensent depuis des années. Les problèmes de parité, oeuvrer pour la diversité culturelle dans ce que nous représentons. Nous souhaitons également créer une commission de mentorat pour faciliter la formation au métier d’attaché de presse. Un autre gros projet que nous soutenons est la création d’une grille tarifaire commune, car nous voyons beaucoup de jeunes se lancer dans le métier et accepter des contrats à des prix injustes. Tous ces combats, nous devons les mener à travers le syndicat car c’est le seul moyen d’être entendus, et on sait qu’on doit se battre tous ensemble”.