Cover de "Deuxième souffle" par Maxime Masgrau

Pour soutenir la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France dans la lutte contre le COVID-19, Backpackerz a réuni 25 rappeurs (Georgio, Bekar, Nelick, Jäde, Youssef Swatt’s…) et 17 beatmakers (Eazy Dew, Diabi, El Gaouli…) sur l’album collaboratif “Deuxième souffle”. Seuls les donateurs de la cagnotte Ulule qui se clôture le 17 juin (après-demain !) recevront l’album dans leur boîte mail. JuPi, rédacteur et photographe récurrent de Backpackerz à l’origine de ce projet, en a discuté avec iHH™ MAGAZiNE. C’est du bon rap, pour la bonne cause, alors n’hésitez pas une seconde de plus. La cagnotte est disponible ici

Interview : Dorian Lacour

iHH™ : Parlons du projet “Deuxième souffle”, quand est-ce-que t’est venue l’idée de le faire ? 

C’était au début du confinement, très vite je me suis demandé comment j’allais continuer à interviewer des artistes, créer du contenu… J’ai pensé à un format d’interview FaceTime comme on en a vu pas mal. J’appelais les producteurs, dans leur environnement, pour discuter. Alors je me suis suit dit, si on quatre ou cinq interviews comme ça, avec les beatmakers, pourquoi ne pas sortir un petit projet avec eux et gagner de l’argent pour les hôpitaux grâce à ça. Techniquement c’était un peu dur pour avoir les interviews, mais j’avais déjà parlé du projet à pas mal d’artistes et de producteurs, alors je me suis dit pourquoi pas.

iHH™ : Qu’est-ce-que vous vouliez faire avec un projet comme ça ? 

C’était vraiment s’inscrire dans le contexte actuel, au moment du début du confinement. Dans une crise sanitaire avec un manque de moyens dans les hôpitaux, comment, à notre petite échelle, peut-on faire quelque chose ? J’ai eu cette idée, j’en ai parlé à Backpackerz et on a activé nos carnets d’adresse, on a du en parler à plus de trente beatmakers et cinquante rappeurs. Il y en qui avaient des problèmes vis-à-vis du timing, d’autres qui ne pouvaient pas pendant le confinement parce qu’ils n’avaient pas le matériel… On s’est heurtés à pas mal de problèmes, mais je suis surpris de l’engouement, tout le monde était concerné, ils ont fait le nécessaire pour pouvoir enregistrer, ils piochaient dans leur stock ou se mettaient en relation pour faire le son, comme Primero et PH Trigano qui ont composé et enregistré à distance, entre Paris et Bruxelles. Georgio c’est marrant aussi, parce que j’ai contacté Diabi qui m’a dit que c’était ok, puis Georgio était partant mais il n’avait pas le temps d’enregistrer tout un son. Je lui ai dit de voir avec Sanka, qui est régulièrement son backeur sur scène. Ça a mis vachement de temps à se mettre en route, au final ils se sont mis d’accord sur la prod, Georgio a enregistré sa partie, mais entre temps Sanka a du partir pour des raisons familiales et il n’avait rien pour enregistrer. Donc le Dojo – la 75e Session lui ont envoyé un micro qu’il n’a jamais reçu et finalement Georgio a du faire un appel sur Instagram pour qu’on trouve un gars avec de quoi enregistrer là où était Sanka. 

iHH™ : Alors, comment avez-vous pensé aux artistes ? Ça vous a pris longtemps de gérer les invitations, tout ça ? 

Le gros de la tracklist s’est dessiné assez vite, c’est un peu la ligne édito de Backpackerz, j’ai contacté des gars que j’avais photographiés ou interviewés. Finalement le projet est cohérent, il n’y a pas de grand écart énorme entre les morceaux, à la fin ça s’ouvre un peu sur du boom bap un truc plus à l’ancienne, je trouve que ça clôture bien le projet.

iHH™ : Donc ni les artistes ni les beatmakers ni aucune personne impliquée sur le projet n’a touché d’argent ? 

Non, personne. La plupart ne m’ont pas posé de question. Le soucis c’est qu’au début je voulais le sortir en streaming en disant que les fonds iraient aux hôpitaux. Mais en fait Georgio et Bekar sont signés chez Panenka Music, donc Fonky Flav’ qui est derrière et qui connait mieux le business m’a demandé ce qu’on allait faire des streams parce que c’est vrai que c’est compliqué à gérer. Alors il m’a conseillé de faire une cagnotte, parce qu’on va lever plus de fonds plus rapidement et en même temps on ne le met pas sur les plateformes, donc ça arrange vraiment tout le monde.

iHH™ : Tu avais fixé des deadlines aux rappeurs et aux beatmakers ? 

Je n’ai fait que fixer des deadlines ! Mais au final on a tous les titres, le mastering final est en train d’être fait au BlackBird Studio, le studio de DJ Elite.

iHH™ : Est-ce-que tu as passé des commandes précise aux artistes, ou est-ce-que tu leur as laissé absolument libre choix ? 

Déjà tu demandes à un mec de travailler bénévolement, dans des conditions détériorées, donc non bien sûr que non, la direction artistique c’était celle des artistes. Certains nous ont envoyé plusieurs sons et nous ont laissé choisir, donc là on a fait un choix avec l’équipe. Mais on ne leur a rien imposé.

iHH™ : Donc tu leur as fait confiance, et le projet est lourd. J’imagine que tu en es fier ! 

Ouais ouais, j’arrête pas de l’écouter ! On est pas sur du fond de tiroir, j’ai des beatmakers qui m’ont envoyé dix versions de leur sons, ils n’ont pas fait ça par dessus la jambe.

iHH™ : Plus globalement, le projet a un but : aider financièrement la Fondation Hôpitaux de Paris – Hôpitaux de France dans la lutte contre le COVID-19. C’était une évidence selon toi ? 

On était dans une urgence sanitaire, j’avais reçu un texto d’un hôpital qui faisait un appel au don. En regardant les fondations qui existaient, sans entrer dans la politique et tout ça, c’était la plus globale à notre sens. On veut avec ce projet apporter un soutien financer à des structures qui en ont besoin, accompagner les soignants, les gens malades et leurs familles dans ce contexte. Même si en ce moment il y a moins de malades, qu’il y ai 40 ou 2 000 personnes en réanimation, l’argent sert toujours à quelque chose.

iHH™ : Vous avez donc lancé une campagne Ulule dont le but était de réunir 2 500€. À l’heure où on se parle nous y sommes presque, tu pensais que ce serait possible en te lançant dans l’aventure ? 

En fait ce n’est pas à ce niveau là que je n’y croyais pas, c’est plus au niveau du projet. En rigolant on se disait que si on arrivait à cinq titres c’était le bout du monde, là on en a 21, la vraie surprise elle est plus là. D’avoir réuni tant de monde en si peu de temps et qu’ils aient tous joué le jeu c’est super.

iHH™ : Tu as aussi fait le choix de ne pas changer les contreparties en fonction du don. On a le même album à la fin, qu’on ai mis 10€ ou 3 000€… 

On en a débattu longuement, mais au final c’est un don pur, on encourage les gens à donner. On a mis un minimum de 10€ parce que ça nous semblait être un prix raisonnable pour un bon album, mais les gens peuvent donner plus s’ils le souhaitent pour avoir l’album, il y a des gens qui ont donné plus de 100€.

iHH™ : C’est un peu un concept d’album à prix libre en fait ? 

Exactement, l’idée c’est de dire que c’est un truc collector. J’insiste sur le fait qu’il ne faut pas le mettre sur YouTube, l’idée c’est que tu aies des titres inédits grâce à ton don.

iHH™ : Justement, le jeudi 18 juin, les donateurs vont tous recevoir le projet dans leur boîte mail. Le projet ne sera pas dispo en streaming traditionnel ?

On s’est posé la question, c’est à voir, en fonction des retours on peut penser à un truc du genre Bandcamp pour récolter des dons. Mais pour le moment pour l’avoir le seul moyen c’est de faire un don. 

iHH™ : Tu as aussi reçu du soutien de certains labels, en quoi t’ont-ils aidé ?

Déjà il a fallu passer par eux pour avoir certains artistes. Après ils nous ont filé un coup de main pour les contacts presse, ils ont fait du mailing, de la newsletter à leurs artistes pour parler du projet. 

iHH™ : Maxime Masgrau est derrière toute la patte graphique du projet. Comment ça s’est passé avec lui, il avait des directives plus strictes ou vous lui avez aussi laissé carte blanche ? 

Avec plusieurs personnes de Backpackerz on a fait un brief à Maxime à la base très différent du rendu final, c’était vraiment centré autour du masque. Il nous a envoyé quelques visuels en respectant le brief mais ils nous a suggéré finalement ce truc qu’on a retenu. C’est moins premier degré que notre idée de base, beaucoup plus poétique avec les couleurs fumées, tout ça.

iHH™ : Tu as aussi pu finaliser le projet au BlackBird Studio, grâce entre autres à DJ Elite et Nathan Lacoste. Comment as-tu pensé à eux ? 

C’est vraiment une finalisation pour que tout soit homogène en fait, parce que chaque son a été mixé par divers ingés sons. L’équipe de BlackBird met tout à l’équilibre. C’est devenus des potes en fait, et c’est aussi gage de qualité. L’idée n’était pas de sortir une mixtape de fonds de tiroir, mais un projet qualitatif, du début à la fin. 

Dos de l’album “Deuxième souffle” par Maxime Masgrau

iHH™ : On voit des médias rap sortir des projets, Booska-P bien sûr, mais aussi dernièrement Raplume, maintenant Backpackerz. Tu penses que c’est une tendance qui va prendre en ampleur dans les années à venir ? 

Pourquoi pas. Mais je regarde avec beaucoup de vigilance la frontière fine qu’il y a entre professionnalisme et amitié. C’est pour ça que je te dis que DJ Elite et Nathan sont devenus mes potes, mais on ne fait pas de soirées ensemble quoi, ça reste professionnel. Je trouve qu’en gardant notre distance la démarche peut être très bien.

iHH™ : “Deuxième souffle”, c’était un one shot ou tu planifies d’autres projets à l’avenir ? 

Ce que j’aimerais bien déjà c’est de le défendre sur scène, je le garde dans un coin de la tête et je vais pas lâcher de sitôt…

iHH™ : Qu’est-ce-qui nous attend sur Backpackerz maintenant ? 

On continue de développer le site, on essaye d’être originaux, du contenu de qualité, des interviews, des formats dossier. On essaye de faire découvrir des talents, on reste dans la continuité de ce qu’on fait depuis plusieurs années maintenant.

iHH™ : Comment est-ce-que tu donnerais envie à quelqu’un qui hésite à faire un don d’aller jeter une oreille à “Deuxième souffle” ? 

Je pense que tout amateur de ce type de rap ne peut être qu’intrigué. Se dire qu’il y a à nouveau une connexion entre Diabi et Georgio. Il y a des rappeurs de partout, de Paris, du Nord, des Belges, des Suisses ce n’est même pas que franco-français. Le projet parle de lui-même, on a vingt-et-un titres et en plus les dix balles ne vont dans la poche des producteurs ou des majors, ça va à la fondation !

Si vous avez 10€ (ou plus) à investir dans un bon projet, qui en plus vient en aide au personnel soignant dans cette période trouble, n’hésitez pas à faire un don juste ici. Ça en vaut la peine.