Cover de "Phantom" d'Aladin 135

Alors qu’il s’était faisait très discret ces derniers temps, Aladin 135 est de retour ce vendredi 10 juillet avec l’album “Phantom”. Épaulé par Guilty, celui qui a fait ses armes au sein du Panama Bende livre un projet puissant, introspectif et détonant. Plus mûr dans sa musique et dans ses textes, il est bien déterminé à marquer le rap de sa propre empreinte. Aladin 135 a pris de son temps d’en discuter avec iHH™ MAGAZiNE.

Interview : Dorian Lacour

iHH™ : Salut ! Alors dis-moi, “Panthom” c’est ton album de grand retour. Qu’est-ce-que ça fait de revenir ? 

Ça fait plaisir franchement, j’ai fait une longue pause, c’est un moment que j’attendais, que j’ai préparé. On a travaillé en équipe, avec Guilty sur la conception de l’album. Ça a pris du temps mais aujourd’hui on est arrivés à quelque chose de bien, un produit final qu’on a décidé d’appeler “Phantom”. 

iHH™ : Tu ne craignais pas un peu de revenir comme ça après t’être absenté, même si on te voyait par ci par là sur d’autres projets ? 

Oui et non, dans le sens où c’est sûr qu’on a laissé du temps passer, les choses changent. Mais ça permet aussi de regagner en fraicheur, de se refaire oublier un peu pour amener une nouvelle touche, quelque chose de frais et nouveau. C’était à la fois un désavantage et un avantage je dirais. 

iHH™ : Tu avais été très discret, tu avais supprimé le contenu de tes réseaux. C’est essentiel pour toi, quand tu bosses sur un projet, de te couper du monde ?

C’était une nécessité et ça correspond à la couleur de l’album dans le sens où “Phantom” représente le côté absent. Je suis un passionné de musique, c’est ce que je fais et c’est ce que j’aime. Tout ce qu’il y a autour c’est moins mon truc. J’essaye de rester dans mon cocon, dans mon jardin secret. 

iHH™ : J’ai l’impression que tu ne tiens pas à te starifier…

Non je n’y tiens pas, je veux qu’on m’apprécie pour la musique que je fais, pas pour les blagues que je fais ou pour mon comportement. J’aime vraiment mettre en avant ma musique, qu’on me connaisse grâce à ça. 

iHH™ : Tu as envoyé les premiers extraits il y a longtemps maintenant, “Moment” en septembre, “Ferme les yeux II” en décembre. Ça veut dire que l’idée du projet ne date pas d’hier…

C’étaient des extraits sans vraiment en être à la base. On avait besoin d’un peu de temps pour peaufiner le projet, au niveau de l’album, des clips on était encore dans la réflexion. C’était important pour moi d’envoyer ces morceaux, voir le retour des gens, parce que ça faisait vraiment longtemps quand même. Les morceaux ont été bien portés par les gens qui me suivent, on est vraiment dans une phase de retour avec les featurings aussi comme celui avec PLK [“All Day” – NDLR]. Le fait que lui ai bossé pendant que moi j’étais en “pause” ça lui permet de me donner de la force et de la visibilité sur le projet. 

Aladin 135 par Michel Rubinel

iHH™ : Combien de temps est-ce-que tu as mis à concevoir cet album ? 

Ça fait entre un an et demi et deux ans. J’ai pris le temps aussi, parce qu’à un moment j’ai hésité, j’avais plus forcément l’envie d’aller en studio. C’est un projet que j’ai construit très lentement, étape par étape, je ne me suis pas brusqué pour pouvoir avoir des sons différents, j’ai laissé du temps passer entre chaque morceau. J’ai pris mon temps et ça vaut le coup parce que je suis super content de mon disque. Ma pause de trois ans aussi c’était une période de transition dans ma vie. Je disais sur Mouv’ que je ne savais pas s’il y aurait d’autres pauses comme ça dans ma carrière, et franchement je ne pense pas. Je vais plus m’arrêter, les gens vont en avoir marre de moi !

iHH™ : Raconte-moi le rôle de Guilty dans la conception de cet album ?

Son rôle ça a vraiment été celui d’un réalisateur. Mais au-delà de ça c’est aussi quelqu’un de qui je suis très proche dans la vie, c’est un ami qui m’a aidé à savoir ce que je voulais. Il m’a aiguillé dans ma création, dans la conception de ce projet. C’est quelqu’un a qui j’ai pu demander des conseils, des avis, des productions aussi évidement. C’est un ami, un grand-frère avec qui on a travaillé de façon saine.

iHH™ : C’est un album qui a une couleur quand même mélancolique, plein d’émotions… Pourquoi avoir choisi de faire ça ?

Parce que je pense que ça correspond aussi à mon univers depuis le début, je n’ai pas le tube dansant. Ça veut dire que je ne suis pas quelqu’un qui aime faire des musiques dansantes, qui bougent, j’ai plus le single triste en fait. Je ne suis pas dans une conception à la française, où on pourrait se dire comme je suis maghrébin que j’ai une recette du tube où ça danse mais pas du tout. J’ai une autre patte, une autre touche, je me retrouve plus dans ces sons là et je pense que les gens qui m’écoutent cliquent sur du Aladin pour ce genre de morceaux.

iHH™ : C’est important pour toi qu’un album fasse ressentir des émotions ?

Super important, pour moi c’est la base. Mes amis savent que pour moi une bonne musique c’est quand j’ai des frissons. Une musique, quand je l’aime, elle me procure une émotion. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai aimé la musique, voire même la raison. C’était naturel de vouloir retransmettre ça dans mes sons. 

iHH™ : Justement, tu invites Laylow sur le titre “À la vie à la mort”, lui aussi a une conception émotionnelle de la musique. J’imagine que la connexion a été facile entre vous ?

Oui, déjà c’est le frérot dans la vie et musicalement on se retrouve sur pas mal de choses. Après il a ses goûts et j’ai les miens, on peut avoir des avis qui divergent mais dans l’ensemble, dans l’univers, c’est vrai ce que tu dis. On se retrouve sur des sons, on a une fibre musicale qui est assez proche. Mais si tu remarques bien sur “À la vie à la mort” je fais un pas dans son univers et il fait un pas dans le mien, il est moins digital. Moi je lui apporte peut-être un truc un peu plus mainstream, et lui m’apporte vraiment sa touche de mode. Je trouve qu’on est très complémentaires sur le feat, et le clip sort le 10 juillet. 

iHH™ : On sent que tu maitrises complètement ton rap, tu alternes entre des phases autotunées et des couplets plus kickés. Tu penses que tu as franchi un cap dans ton rap ?

En fait je pense que c’est devenu beaucoup plus maîtrisé, faire de la musique c’est devenu beaucoup plus simple pour moi. Je suis dans une recherche qui est bien différente d’avant. Avant on était des rappeurs, des freestylers, on cherchait la performance. Aujourd’hui je cherche à faire quelque chose de beau, de construit, avec une histoire, d’avoir des sons bien structurés. En fait j’incorpore cette folie des débuts à l’intérieur de ça, avec des passages qui vont te rappeler ce côté performance à l’ancienne. 

iHH™ : Est-ce-que tu penses que tu es parvenu à te trouver musicalement avec “Phantom” ?

Trouvé je sais pas, mais je suis sur le chemin en tout cas. Cet album m’a beaucoup éclairé sur ce que j’avais envie de faire, ça m’a aidé à me définir un peu parce que j’ai commencé le rap jeune et quand tu es jeune tu as envie d’un peu tout faire, t’es éclectique de ouf. Aujourd’hui je sais ce que j’ai envie de donner comme image à Aladin, en tant que personne. 

iHH™ : Tu dis que tu es plus dans le fond que dans la forme. Ça décrit assez bien ta musique au final, non ?

Bah ouais ! Comme je te dis, le poids des mots est important pour moi. Je sais que je joue avec les mots dans mon métier, ça me tient à cœur de le faire intelligemment. Je veux pouvoir expliquer mes paroles en fait, ça c’est très important. J’aime bien maîtriser ce que je dis, et tout ce que je dis est réel. Je raconte pas ce que j’ai vu autour de moi ou ce qu’on m’a raconté, ce que je dis je l’ai fait. J’ai envie de faire de la musique pour tout le monde, que tu sois d’un quartier, d’un village, que tu sois né sur une île ou au milieu de la mer je m’en fous, je veux que tu puisses être touché par ce que je te propose. 

iHH™ : On retrouve aussi PLK sur le projet. Ce feat était une évidence pour vous j’imagine ?

À la base on a fait un son, il l’a kiffé et il m’a dit qu’il le gardait pour “Mental“, c’était le son “Corazon“. Donc je lui ai dit “c’est mort frérot tu me voles mon son il m’en faut un aussi !” On a enregistré “All Day” et c’était cool. 

iHH™ : Justement, ça a été un gros succès, plus de 950 000 vues sur YouTube, tu t’y attendais ?

Oui et non, quand le clip est sorti je n’ai pas regardé les vues pendant quelques jours. Franchement je m’y attendais et je ne m’y attendais pas à la fois, parce que PLK il a fait le travail puis c’est mon frère je savais qu’il allait bien promotionner la chose, qu’il allait le mettre en avant, donc je m’y attendais un peu mais ça reste une super bonne surprise que les gens aient aimé le son. Ça fait aussi super plaisir de partager ça avec mon reufré, on se connait depuis tout petits, entre lui et moi y a même pas de rap. On est des potes avant tout, le rap c’est un bonus dans notre vie, c’était naturel pour lui de me donner de la force et c’était naturel pour moi de l’appeler. C’était naturel de ramener tout le Panama Bende dans le clip aussi parce que même si aujourd’hui on fait des solos ça bouge pas, c’est la famille, on est ensemble. 

iHH™ : Tu as invité Roms sur “La Nuit”. Comment est-ce-que tu as pensé à lui ? 

Roms c’est un jeune que je suis depuis qu’il a 14-15 ans, j’aime beaucoup ce qu’il fait. On a produit son premier projet qui s’appelait “Humain” [sorti en 2018 – NDLR] avec le label Aladhyde Music. Aujourd’hui on continue de bosser ensemble sur plein de choses, c’était naturel de le ramener, c’est mon sang, mon frérot. L’artiste le plus prometteur de France pour moi c’est lui vraiment. L’inviter dans mon album c’est rien par rapport à tout ce qui va arriver.

iHH™ : Qu’est-ce-que tu voulais quand tu l’as invité ?

Je voulais de la performance. Il aime beaucoup utiliser l’autotune et chanter mais moi j’avais envie qu’on fasse du rap. Je lui ai dit “laisse tomber l’autotune, on va rapper”. Il m’a donné une performance, ce mec-là je connais ses capacités, il a rien à m’envier et il a rien à envier à personne dans le rap. Il a beaucoup de talent, il va faire du sale. Je lui ai rien demandé de particulier parce que je savais qu’il allait envoyer, j’étais sûr de la qualité. 

iHH™ : Parle-moi du morceau “Coeur noir”. C’est une sorte d’autobiographie mélancolique…

Ce morceau a été créé quand j’étais chez Matou, qui est d’abord mon DJ mais qui a aussi été DJ de Chilla, du Panama Bende et qui est aujourd’hui le DJ de PLK. Il m’a fait une première compo, je suis rentré de chez lui à pieds, j’ai écrit le son sur le trajet en marchant la nuit. Après je suis allé chez Guilty, on a enregistré ça en redonnant un peu de peps à la prod à certains endroits et voilà, merci Matou !

iHH™ : Pour revenir sur la couleur globale de l’album, la pochette va dans le même sens. Comment est-ce-que vous avez pensé à ça avec Fifou ?

C’est le côté absent face aux choses qui peuvent t’attirer le plus, le côté fantomatique. Sur la pochette il y a des femmes dénudées autour de moi, et je suis absent, je suis pas là, c’est comme si je ne les voyais pas, que je ne les sentais pas. C’est pour montrer aussi que d’accord le buzz c’est bien, les meufs c’est bien, la musique et les millions de vues c’est bien mais parfois t’as pas envie de ça. Ma pochette montre aussi pourquoi j’ai été absent. Toutes les choses dont un jeune a pu rêver à mon âge moi je n’en voulais plus.

iHH™ : Finalement on est assez surpris par le son final, “Bikini” avec Hooss, parce qu’il détonne. C’était fait exprès de terminer sur une note plus lumineuse ?

J’aime énormément Hooss depuis que je suis jeune. On s’est rapprochés avec le temps, on est devenus amis. C’est un de mes sons préférés de l’album, Hooss parle de choses dont il ne parle pas souvent. C’était aussi une façon de lui dire merci de clôturer l’album avec ce morceau. Ce son c’est une belle histoire, c’est ça que je retiens, bien plus que ce que ça va me rapporter dans la poche. Le son était un fort symbole, et comme il est plus ouvert ça laisse entrevoir ce qui va arriver par la suite. Le morceau est assez improbable quand même, un feat avec Hooss sur cette prod plus reggaeton… J’en suis très fier.

Aladin 135 par Michel Rubinel

iHH™ : Concrètement, qu’est-ce-que tu voulais offrir à ton public avec “Phantom” ?

Du bonheur et de l’apaisement. Qu’ils voient que des gens les comprennent dans certaines réflexions, vraiment de l’apaisement et du bonheur ouais. 

iHH™ : Et maintenant c’est quoi la suite pour toi ?

Tout arrive, ça va plus s’arrêter là, on aura des contenus tous les mois pendant longtemps et il y aura un volume 2 de quelque chose avec plein de surprises, plein de feats, c’est carré.