Cover de l'album "2.7.0" de Kaaris, réalisée par Fifou

Il était très attendu, voilà Kaaris de retour avec un projet qui s’annonçait plus sombre et violent que ses dernières sorties. Alors, “2.7.0” a-t-il tenu toutes ses promesses ?

Les premiers extraits ne trompaient guère, Kaaris était de retour pour faire du – très – sale. “Goulag” et “NRV“, produits par Boumidjal & le duo Holomobb qui ont déjà travaillé à plusieurs reprises avec le Sevranais, donnaient le ton. Une prod° trap brutale, des refrains qui cognent, peu d’autotune et des punchlines terriblement imagées (“Le bonheur s’trouve dans la prairie ou au fond d’la gorge de ma chérie // Coupé S pour la série, on va faire la guerre comme en Syrie”), en bref la recette du Kaaris incandescent du début des années 2010. Le troisième single, “Illimité“, était plus dans la vibe des morceaux présents sur les albums “Okou Gnakouri” (2016) ou “Dozo” (2017), avec bien plus d’autotune et une prod° dansante aux sonorités afro signée Trent 700. Avant même la sortie de l’album donc, les auditeurs pouvaient s’attendre à un projet qui regrouperait le meilleur des différentes phases de la carrière de Kaaris. Et ce, au risque de déplaire aux inconditionnels de la première heure qui écoutent “Bizon” et “S.E.V.R.A.N” au petit-déjeuner. 

L’album démarre par le morceau “Ultra“, une trap bien sentie qui manque peut-être un peu de peps mais qui a le mérite de nous plonger dans le bain. On sait que la relation entre Kaaris et d’autres rappeurs de Sevran n’est pas au beau fixe, celui-ci ayant même été évincé d’une mixtape réunissant les artistes de la ville. Logiquement, il se sert de son album pour régler ses comptes. Déjà dans le morceau “Mandalorian” où il envoie un “remerciez-moi pour les travaux” en référence au désormais classique “merci Stavo pour les travaux” de 13 Block. Sur le morceau “Sosa” c’est Maes qui est visé, puisque le Dozo reprend la mélodie du refrain de “L’odeur du charbon” pour dire “t’es dans l’binks depuis moins d’une heure, et tu t’prends déjà pour un tueur”. Après de multiples altercations sur les réseaux sociaux, c’est en musique que Kaaris a décidé de régler ses comptes, et le plus lourd reste encore à venir avec le morceau “Réussite” qui clôture l’album. Sur une prod° mélodieuse de Shurass Product, il fait son autobiographie en musique et ne manque pas de faire référence à Booba. “À l’autre bout ça kouma : « on a besoin de ta force pour Autospie 4 »”, “pour un frère il s’fait passer, c’est un loup dans la bergerie”, “la jalousie le brûle comme de l’encens”, le message est limpide. Cela n’a pas manqué de faire réagir Booba sur Instagram, et de raviver – un peu – la flamme du clash. 

“2.7.0” est un bon album, il aurait pu être génial

On apprécie l’effort de Kaaris de revenir aux bases, à ce qui l’a propulsé. “Deux Deux” en featuring avec Bosh fera bouger la tête de tous les fans de trap, les deux artistes combinent à merveille dans un morceau débordant de rage. “Tout est prêt” est du même acabit, avec le bon apport de Sid les 3 éléments, un rookie très prometteur originaire de Sevran. Dans sa globalité l’album est une réussite, des punchlines sales qui font sourire (“j’te la mets dans l’cul, infidèle à ta chatte” dans le morceau “Bope” par exemple) sont couplées à des refrains entêtants dans lesquels l’autotune se fait assez discrète. La mélodie amenée par Dadju sur le morceau “Piquée“, qui vient en opposition avec les couplets sanglants de Kaaris, est très bienvenue. Ce titre, même s’il inspirait la crainte à première vue, est finalement de très bonne qualité. Forcément, tous les morceaux ne sont pas du même calibre, et dans la deuxième moitié de l’album certains s’effacent un peu comme “Guedro”, “Valhalla” ou “Big Riska”. Les featurings avec Gims (“1er cœur”) et Imen ES (“Lumière”) sont de moins bonne facture, les deux n’apportant au final pas de réel second souffle à l’album. On aurait voulu voir Kaaris et Gims découper la prod° – sur laquelle ce dernier a d’ailleurs travaillé avec Ponko – mais ils ont préféré un morceau plus chantonné, c’est dommage. 

Ces petits bémols n’entachent en rien la qualité de l’album, certainement le meilleur de Kaaris depuis plusieurs années. Surtout, “2.7.0” contient des morceaux qui pourront satisfaire tous les auditeurs, de ceux pour qui “Bouchon de liège” est presque un écrit d’évangile à ceux qui préfèrent le hit “Tchoin“. Après un “Or Noir Pt. 3” boudé par le public, qui reprochait à Kaaris d’avoir perdu la rage de ses débuts, le Sevranais a très bien su rebondir. Sans révolutionner sa musique, il est revenu aux sources pour tirer le meilleur de lui-même, faisant passer un message à ceux qui l’enterraient. On peut regretter son entêtement à faire perdurer des clashs qui à la longue deviennent lassants, mais d’un autre côté ils sont une part très importante de la carrière de Kaaris, les passer sous silence semble assez inconcevable. En résumé, “2.7.0” est un très bon album qui a juste tendance à un peu se disperser. Le retour en force du Dozo fait forcément plaisir, et il montre qu’après près de 15 ans dans le rap il a encore de – très – beaux restes. Cet album peut tout aussi bien poser les bases du nouveau Kaaris que servir de conclusion à une très belle épopée trap. L’avenir nous le dira. 


En attendant, vous pouvez écouter “2.7.0” de Kaaris juste ici :