Méro : Un artiste qui veut rester libre

Méro, de son vrai nom Remy Rajaona, est un artiste urbain basé sur la région toulousaine et qui étale son talent sur toutes les surfaces lui permettant de s’exprimer. Toiles, papier, voitures, murs… Méro peint sur tout cela depuis 15 ans. Aujourd’hui, à l’âge de 33 ans, il a déjà réalisé de nombreuses oeuvres et participé à maintes expositions. L’artiste met surtout un point d’honneur à conserver sa liberté créatrice, ne laissant personne le forcer à créer une oeuvre qui ne l’inspire pas.

Interview : Nicolas Sadourny

iHH™ : Vous définissez-vous comme un graffeur ?

Je me définie comme un artiste. Je ne me cantonne pas à un seul type d’expression, j’ai même commencé par la peinture sur toile. Aujourd’hui ce que j’aime, c’est transmettre mon art sur plusieurs supports.

iHH™ : L’art est-il votre activité principale ?

J’ai obtenu mon statut d’artiste il y a environ cinq ou six ans, c’est depuis ce moment-là que j’en tire vraiment des revenus. Mais j’ai un emploi plus stable à côté dans l’aéronautique. Mon art ne me permet pas d’en vivre exclusivement à ce jour. Le fait d’avoir un métier avec un revenu régulier me permet d’être plus tranquille. Cela me permet surtout de décider des commandes que j’accepte puisque je n’en dépends pas pour vivre, ainsi je ne suis jamais obligé de réaliser des projets qui ne m’intéressent pas. Voilà pourquoi j’ai décidé de ne pas devenir un artiste à 100%. Si un jour je gagne grâce à mes oeuvres au moins autant que ce que me rapporte mon emploi, je reconsidérerai peut-être mon activité professionnelle.

Graff pour le Hip-Hop Days 2019 par Méro

iHH™ : Qu’est-ce qui vous a inspiré à devenir un artiste ?

J’ai toujours aimé le graffiti et je peins depuis 15 ans maintenant. J’étais très sportif avant, et il y quelques années je me suis blessé au handball, ce qui m’a stoppé pendant 6 mois. Cette pause m’a donné l’occasion de me remettre à peindre. Mes amis ont aimé, puis d’autres gens m’ont fait savoir qu’ils aimaient aussi, et un jour une galerie m’a contacté pour exposer certaines de mes oeuvres. Voilà comment j’ai commencé.

iHH™ : Comment décririez-vous votre style ?

Je dirais que c’est un style urbain, contemporain et figuratif parce que je fais beaucoup de portraits à la bombe. J’aime travailler la matière et l’effet de réalisme.

iHH™ : Est-ce que ce style évolue ou bien vous préférez cultiver ce que vous faites depuis des années ?

Mon style évolue avec le temps. Je pense qu’il devient ce que je cherche vraiment. Je m’intéresse aux tatouages, à l’aquarelle et d’autres domaines pour trouver de nouvelles techniques. Selon moi le travail d’un artiste doit évoluer.

iHH™ : Préparez-vous consciencieusement votre travail à l’avance ou préférez-vous peindre de manière plus instinctive ?

Je passe beaucoup de temps à préparer mes projets, quelque soit le support. J’aime bien dessiner une première fois le modèle avant de travailler sur l’œuvre elle-même. Mais des fois au moment de passer à l’acte, le trait de peinture peut changer par rapport à ce qui était prévu. Par exemple sur l’une de mes dernières oeuvres, une fresque murale de 8m x 5m, il m’a fallu six jours de préparation et six jours pour la réaliser.

Mur-Murs, fresque murale par Méro

iHH™ : Est-ce vous avez été influencé par certains artistes en particulier ?

Oui, Jean-Michel Basquiat surtout. C’est son travail qui m’a redonné envie de peindre. Sinon je m’intéresse beaucoup aux autres artistes urbains.

iHH™ : Y a-t-il un graffiti parmi ceux que vous avez vus que vous considérez comme un chef d’oeuvre ?

En 2018 j’étais en vacances à Montréal au Canada. C’est là-bas que j’ai découvert un graffiti incroyable. Un portrait d’une cinquantaine de mètres de haut en hommage à un musicien local, Léonard Cohen. C’est stupéfiant parce qu’on le voit à des centaines de mètres de distance. Il m’a vraiment marqué.

iHH™ : L’art vous a déjà amené à voyager ?

J’ai déjà voyagé pour des expositions en Espagne ou en Belgique. À côté de ça je participe chaque année à une mission humanitaire au Sénégal. Nous aidons notamment les enfants sourds à obtenir une insertion scolaire et un meilleur suivi médical. J’y vais aussi pour leur apprendre un peu à peindre.

iHH™ : Vous appréciez de faire des collaborations avec des artistes, organismes ou vous préférez travailler en solo ?

J’aime bien travailler seul dans mon atelier, mais j’aime aussi travailler avec d’autres artistes et des associations. Cela dépend du projet.

Waterline, Peinture mixte par Méro

iHH™ : Selon vous, le graffiti doit-il rester un art subversif ?

Tout dépend de ce que veut proposer l’artiste, mais dans tous les cas ça ne plaira jamais à tout le monde. Personnellement je ne vois pas trop l’intérêt de dégrader une surface sans transmettre un message. Mais certains y voient aussi de l’art.

iHH™ : Avez-vous de futurs projets en préparation ?

J’ai pas mal de projets en cours de discussion avec notamment le collectif Cisart, mais rien de vraiment concret pour le moment. À part ça j’ai une amie qui m’a proposé de peindre des Kayaks. J’ai déjà peint des voitures mais ce sont des courbes et des formes très différentes, alors c’est un nouveau challenge pour moi.


L’ensemble des oeuvres réalisées par Méro sont disponibles sur son site internet.