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IHH™ LIVE REPORT : la “rare et légendaire” dernière soirée de la Bim Bam prod !

Le feu à domicile ! Pour clore l’année 2019 et embraser le froid décembre, la Bim Bam Prod a décidé de refermer en musique le chapitre “organisation de concerts” de son histoire, après six ans de travail acharné au service du hip-hop indé. Si les “chiens à trois pattes” de la Bastard Prod assuraient naturellement la tête d’affiche, des frères d’armes de longue date étaient venus les épauler pour cramer la scène : Swift Guad, Jeff le Nerf, Neka, LaCraps et l’Hexaler. Autrement dit, rien de moins que la crème francophone des lyricistes tout-terrain. Pas de faux copinage ici : chacun a partagé un bout de chemin tant musical qu’humain avec ces “batards sans laisse” qui ne se mélangent qu’à leurs semblables et donnent peu dans le featuring d’apparat.

Photos de ARCANGELI Léo.
Big up à PolsK !

Les hostilités étaient annoncées au Metronum, salle de Toulouse-nord réputée pour sa programmation qui régale régulièrement les amateurs de rap ; la jauge de 600 places a été blindée dès les préventes, signe imparable de l’attachement des Toulousains et Toulousaines à l’équipe de leur ville. Et on les comprend : la force, l’amitié et l’authenticité qui transpirent quand les lascars sont réunis semblent pouvoir retourner n’importe quelle salle. On est bien loin des playbacks approximatifs et condescendants que nous réservent trop souvent les “rappeurs” de showcase.

Ici, on a eu droit à près de deux heures de rap non-stop, du rap live, qui cogne, qui racle, qui rigole. Neuf MC’s qui croisent le fer, en solo, en duo, en crew, multipliant les combinaisons, égrenant leurs innombrables classiques boom-bap. Un concert bouillant de bout en bout, en réelle communion avec la foule, certes acquise mais électrique, un concert qui fait honneur au public (“la famille toulousaine”) et à leur histoire commune.

Si la Bastard peut s’appuyer sur son solide album “100 comme un chien” qui recèle quelques méchants bangers, les combinaisons ont fleuri au fil des années sur les projets respectifs de chacun de ses membres, ainsi qu’avec leurs invités de choix ; lesquels ont en prime su se montrer généreux tout au long de la soirée en nous délivrant aussi quelques pièces classiques de leurs parcours solo. Une mention spéciale à Jeff le Nerf, objectivement (si, si !) un des très grands rappeurs français toutes époques confondues, une plume à l’implacable précision qui manque aux auditeurs et auditrices en quête de mots qui blessent autant qu’ils soignent, et qui n’apparaît presque plus sur scène. C’est l’amitié qui l’avait décidé à venir, et l’amour qui l’a accueilli à son arrivée, tant côté crew que côté public, presque palpable, a porté sa prestation à des sommets d’émotion.

Mais personne n’était en reste ; tous les invités semblaient ravis d’être là, et donnaient le meilleur : la rage solennelle de Neka et sa voix rauque d’outre-tombe (accessoirement l’architecte sonore de Rootscore qui officie sur beaucoup des projets de l’équipe), la virtuosité lyricale de Lacraps, la précision débonnaire de L’Hexaler, l’énergie punk rock de Swift Guad… une mosaïque d’attitudes et de styles, cimentée par la camaraderie et le goût du rap bien fait, aux racines résolument boom-bap mais qui sait faire prendre l’air à son sampler de temps en temps.

Emmenés par un Furax magnétique, un 10vers survolté et un Sendo à l’imparable drunken style, et servis par le producteur maison Toxine aux platines, on était donc conviés à un véritable festin, des bacchanales hip-hop célébrées dans la fureur, la sueur et la joie, pour un public sorti rassasié et visiblement heureux. De quoi nous faire regretter cette fin d’étape pour la Bim Bam qui nous promet heureusement de continuer à investir sous d’autres formes son amour pour le hip-hop de terrain, proche du bitume et des cœurs.

Et, pour celles et ceux qui douteraient encore d’avoir raté là un des shows les plus puissants que puisse nous offrir aujourd’hui le rap francophone qui cultive l’art et la manière, la forme et le fond, la furie et la foi, quelques-uns de nos clips favoris de ces soldats hip-hop, en permission pour un soir qu’on n’oubliera pas.