Avec “Mode S”, Dabs frappe un grand coup

Un peu plus d’un après le détonant “Mainmise”, porté par le single “Pouloulou” et par des featurings de luxe avec Aya Nakamura, OrelSan et Maes, Dabs est de retour cet été avec “Mode S”. Cet EP de 9 titres sorti le 31 juillet dernier a tous les airs d’un projet de confirmation pour un rappeur qui, même s’il est déjà en place, semble pouvoir viser bien plus haut. 

Le ton est donné tout de suite avec le morceau “Colombie”, produit par Layte Beats, Dabs kicke sur une instru purement trap et n’a recours que timidement à l’AutoTune dans un refrain unique placé à la toute fin du morceau. Ce premier titre a des airs de mise en route, mais il n’est pas du tout révélateur du ton global du projet. “Colombie” fait presque figure d’anomalie sur cet EP, qui est composé principalement de morceaux mélodieux, autotunés, voire dansants. Une anomalie qui est toutefois bienvenue, car elle montre que Dabs possède plusieurs cordes à son arc. Mais dans sa globalité, “Mode S” a une couleur bien plus chaude que son morceau d’introduction.

Les femmes, et surtout les relations qu’il entretient avec elles, ont une place très importante dans le rap de Dabs. Ainsi, on passe de relations toxiques dans les morceaux “Stop” et “Fake Love” au récit d’un coup de foudre dans le morceau “Fashion” en featuring avec Kaza. Au-delà de ça, le rappeur du 93 aborde d’autres thèmes assez récurrents dans le rap francophone (la trahison de ceux qui étaient nos amis, l’ascension sociale grâce au rap, la vie de cité et ses affres…). Les prods de très bonne facture s’allient parfaitement à la voix de Dabs qui n’hésite jamais à user de l’AutoTune comme il en a l’habitude.

Laissez Dabs dans sa bulle

Les featurings sont tous bien sentis. Kaza apporte de la douceur sur “Fashion” qui est d’ailleurs un des singles du projet, ayant eu droit à un clip. Hornet La Frappe se retrouve complètement sur la prod° signée Nk.F et Greg K sur le surprenant morceau “Téléphone”. DA Uzi amène son flow mélancolique sur le très joli titre “Coloré”. Dabs est en osmose avec chacun de ses invités et les trois morceaux en question sont tous de franches réussites. Il n’y a peut-être moins de star power que sur l’album “Mainmise”, mais ce projet est tout aussi efficace, sinon plus. 

“Mode S” s’achève avec le magnifique morceau “Bulle” produit par SenCey Beats et Freaky Joe. Dans cet egotrip qui transpire le spleen, Dabs réaffirme qu’il n’a besoin de personne pour faire ce qu’il veut tout en en plaçant une pour ceux qui “font semblant de pas me voir”. Le projet est une réussite, sans être révolutionnaire dans les thématiques abordées ou même dans les productions, il parvient à faire mouche et montre tout ce que peut faire le rappeur originaire de Sevran. Celui qui a commencé le rap en écoutant Kery James semble bien, après plusieurs années de tâtonnement, avoir trouvé sa recette. Comme il le dit lui-même, “la victoire a plus de saveur quand t’as connu le goût amer de la défaite”.