Cover de l'album "Jefe" d'ALP.

Trois ans après son premier projet, ALP est de retour avec “Jefe” ce vendredi 26 juin. Débordant d’énergie, il s’entoure d’invités de renom pour livrer un projet coup de poing qui sonne comme une renaissance. Avec ce projet, le rappeur du Val de Marne compte bien marquer les esprits. iHHTM MAGAZiNE a pu s’entretenir avec lui à cette occasion.

Interview : Dorian Lacour

iHH™ : Salut ALP. On ne t’avait plus trop vu depuis “Epilogue”, ton premier projet sorti en 2017. Pendant ces trois ans, qu’est-ce-que tu as fait ?

On ne m’a pas vu en terme de projet. Je n’en ai pas sorti mais j’étais présent dans la scène rap. Je suis apparu dans “R.I.P.R.O 3”, dans certains Planète Rap, j’ai fait des featurings… En fait j’étais un peu en train de recommencer, de me chercher, et je pense que là je suis réellement prêt. À chaque fois j’avais beaucoup de morceaux, presque un projet par an quasiment, mais je sentais que ce n’était pas encore ce que je voulais réellement. Là en 2020 on est prêts, ça y est.

iHH™ : On ne t’a pas vu au niveau des projets, mais tu n’es pas resté inactif…

Non pas du tout, par exemple j’ai fait le Bercy avec Kery James, le morceau “Elams et les 40 voleurs” avec Elams, j’étais au Planète Rap de Dosseh, j’étais là quoi.

iHH™ : Donc tu reviens aujourd’hui avec ton nouveau projet “Jefe”. Qu’est- ce-qu’il représente pour toi ?

Sans négliger “Epilogue”, il représente mon premier vrai projet. Je l’ai bossé différemment, je ne l’ai pas fait aussi rapidement, j’ai pris mon temps, j’ai eu le temps de le recommencer. C’est un gros aboutissement pour moi, je me suis trouvé musicalement avec ce projet. Je suis arrivé là où je voulais, après bien sûr qu’il y aura une évolution après “Jefe”, mais sur cette phase je me suis trouvé.

Portrait d’ALP par Michel Rubinel

iHH™ : Dans ce projet justement, tu annonces clairement la couleur dès l’intro. Ce sera brutal et violent. C’était nécessaire pour toi de donner cette couleur à ton projet ?

En fait c’était une volonté parce que pour moi le rap est super important, je chante beaucoup au refrain je n’ai pas de problème avec ça tant que ce n’est pas du calcul. Mais c’était une vraie volonté de revenir en rappant. Dans “Epilogue” au final je chantais énormément, et ce n’était pas forcément ce que je voulais véhiculer. Je ne regrette absolument pas mais ce n’est pas ce que je voulais donner aux gens maintenant en fait.

iHH™ : Justement, on ne retrouve pas réellement de son chantonné ou autotuné, à l’exception du titre avec Vegedream sur l’album. Tu n’as pas peur que ça te coupe d’une partie du public rap ?

Non pas forcément parce que je suis venu amener ma carte de visite, je ne suis pas venu conquérir des gens en faisant des morceaux plus pop. C’est ce que je sais faire, on fera ça étape par étape. Je vais voir sur quels morceaux le public s’est plus attardé et je vais peut-être me pencher là-dessus, mais plus tard.

iHH™ : Tu as fait appel à qui pour tes prods, parce qu’elles conservent une cohérence tout au long du projet ?

On a fait appel à plusieurs beatmakers. Il y a eu Doubtless qui a fait les sons avec Niro et Vegedream, Rekoba beaucoup aussi qui a été là sur tout le projet, ça a été super important parce que ça m’a donné un fil conducteur. Il y a eu DJ Boss aussi !

iHH™ : J’aimerais parler des invités aussi. Déjà tu as envoyé le single “Dernier vol” avec Niro il y a quelques mois. Le clip compte aujourd’hui plus de 550 000 vues, et le son a bien marché. C’était évident pour toi d’envoyer ce featuring pour donner le ton ?

Franchement c’était vraiment ce que je voulais véhiculer, au final on aurait pu choisir un son plus pop mais pour moi c’était important d’avoir ça avec Niro. La connexion elle s’est faite parce qu’on connait des gens en commun et qu’il a posé sur la compil “Cercle Fermé” aussi, donc ça a été plus facile pour nous. On a pas pu l’enregistrer ensemble mais on s’est vus pour le clip et c’était chanmé.

iHH™ : On retrouve aussi Igor L.D.T., qui te suit depuis longtemps, sur le morceau “Gucci”. Dans ce morceau justement tu dis vouloir être un roi sans couronne comme Nessbeal. C’est vrai ?

Igor c’est la famille, je voulais qu’il soit sur le projet. On s’est pas fait un morceau bête et méchant, je voulais vraiment faire un morceau inattendu. Je pense que peu de gens nous attendront sur un morceau comme ça. On est encore dans l’image du projet, quand je dis que je veux être un roi sans couronne c’est plus être le roi sans avoir un truc distinct, ne pas porter une casquette. Ok je suis “Jefe” mais on est ensemble.

iHH™ : Il y a aussi Stavo sur le morceau “Plavon”. Comment s’est faite la connexion entre vous, et pourquoi l’avoir choisi lui pour ce morceau ?

En fait je n’ai pas pensé à lui sur ce morceau en particulier mais sur le projet dans sa globalité. Plus le projet avançait plus je me disais qu’il fallait quelqu’un qui me ressemble assez, dans la couleur, dans le rap… et j’ai pensé à lui directement, même s’il est membre de 13 Block je me suis plus identifié à Stavo. Gros big up au

13 Block c’est des monstres ! On avait des connaissances en commun, j’ai fait passer un message et il a été partant, ça m’a fait grave plaisir, c’est le frérot.

iHH™ : Sur le morceau “Nationale” il y a Bosh. Vous aviez déjà posé ensemble sur le son “Yasska” de la BO de Validé. C’est à ce moment-là que vous vous êtres rencontrés ?

On s’est rencontrés avant, on avait un freestyle chez OKLM avec Bosh, OR, Yaro et DRF. On s’est rencontrés à ce moment-là, lui aussi a posé sur la compil “Cercle Fermé” et on s’est connectés pour faire le morceau. En fait “Nationale” a été enregistrée avant “Yasska” parce que le projet était prêt, on aurait du le sortir en avril mais on a pas pu avec le COVID et tout tu vois…

iHH™ : Et enfin, Vegedream pour le morceau “Mi-Temps”. On l’a dit c’est un des seuls morceaux chantés et plus “pop”. Quand tu as pensé à Vegedream tu voulais un son plus léger ?

Oui c’est sûr, et c’est pour ça que je l’ai appelé, parce que je ne sais pas si moi tout seul j’aurais pu le faire. Je voulais un son avec cette couleur et je sais pas si ça aurait été bien accepté que je le fasse en solo, avec ce que je véhicule, c’est pour ça que j’ai appelé Vegedream et il a honoré le truc au maximum, ça m’a fait très plaisir.

iHH™ : Tu as voulu, avec tes invités, te mettre en difficulté non ?

C’est super important, je suis là pour faire monter le morceau, que l’invité et moi on donne le meilleur de nous-même. Quand j’appelle Igor je sais que vocalement ça va être un truc de fou, quand j’appelle Stavo je sais ce qu’on va renvoyer, quand j’appelle Niro, Bosh ou Vegedream c’est pareil. Ils ont fait le boulot en tout cas.

iHH™ : Au niveau des autres singles on retrouve “Ok”. C’est une description crue de ta vie, peut-être un peu tournée en egotrip. Ce son caractérise assez bien ton rap non ?

C’est l’un des premiers morceaux que j’ai fait, c’est celui qui me représente le plus, dans mon rap, même au niveau de ma carrière et tout c’est lui. On est sur du ALP vraiment.

ALP par Michel Rubinel

iHH™ : Tu as aussi envoyé “Police”. Quand tu dis que tu n’appelleras jamais la police ça fait tristement écho aux événements récents.

Ce n’était pas volontaire. J’ai écrit un communiqué, ce morceau je l’ai écrit un an avant.

iHH™ : Un an après, même constat…

C’est malheureux qu’on en soit toujours là, après quand moi je fais le morceau ce n’est pas forcément pour dénoncer, mais plutôt mettre un point dessus et dire qu’on en est encore là en 2020 quand même. C’est super important de le souligner.

iHH™ : Je voulais aussi revenir sur le son ” Money”. Ce morceau est assez fort. Parle-moi de sa conception…

C’est un morceau qui m’est venu rapidement en fait. Je n’écris pas chez moi, j’écris au studio. J’écoute l’instru sur place et je fais à chaque fois en sorte de finir le morceau avant la fin de la session. Je ne sors pas du studio avec une moitié de son. Au début je n’avais pas forcément de refrain, la gimmick de “money” elle est venue naturellement, à l’instinct en fait. C’était même un morceau duquel mon équipe n’était pas friande au début, et au final ils ont kiffé.

iHH™ : Ça t’a pris combien de temps de réaliser ce projet ?

Franchement, entre cinq et six mois vraiment. Je l’ai commencé sérieusement en septembre, et il devait sortir en avril donc janvier-février on l’avait terminé.

iHH™ : Justement ça ne t’a pas mis un coup au moral de voir que la sortie était impossible à cause du COVID-19 ?

De fou, de fou… Parce que nous les artistes on a l’impression que notre musique peut se périmer le lendemain de sa sortie, donc j’avais un peu peur de ça, que les morceaux se fatiguent. Au final pas du tout, le projet je l’aime beaucoup.

iHH™ : Dernièrement aussi tu as sorti “Ganté” en featuring avec Graya et Yaro. À ce que je sache ce son ne figure pas sur “Jefe”. C’était quoi l’idée ?

Ça aussi c’est une histoire qui a pris du temps, c’est un morceau qui est prêt depuis longtemps, je voulais l’envoyer avant même d’annoncer le projet en fait. Mais finalement je l’ai envoyé dans une partie creuse et je me suis dit que ça pourrait faire plaisir aux gens d’écouter ce morceau, de voir que j’ai collaboré avec eux.

iHH™ : Qu’est-ce-que tu espères avec cette mixtape ?

En terme de ventes, je suis vraiment sur une carte de visite, je suis pas à la vue d’une certification. Je veux surtout voir ce que les gens en pensent, comment ils le reçoivent, c’est l’important.

iHH™ : Pour ceux qui hésiteraient à se la procurer, tu dirais quoi ?

Ça ne coûte rien au final, tu peux tomber sur un truc bon et si tu kiffes pas c’est pas grave. Si on est un auditeur de rap on peut vraiment s’y plaire je pense.

iHH™ : Et maintenant c’est quoi le futur pour toi, qu’est-ce-qui va arriver ?

Ce que je peux te dire c’est que j’ai fait un morceau avec Leto, ça sera pour bientôt. On est déjà en train de bosser l’après, sur le deuxième projet, et ça peut arriver très très vite, encore plus vite que prévu…