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Rencontre avec PunchLyn, espoir du rap roubaisien

Espoir de la scène roubaisienne, Lyna aka Punchlyn, vient de sortir HOPE, un premier projet réussi publié en toute indépendance où l’artiste de 23 ans prouve qu’elle sait aussi bien rapper que chanter. Une belle carte de visite pour celle qui avait explosé les compteurs sur l’appli Keakr il y a un an.

international Hip-Hop : Comment es-tu ‘tombée’ dans rap ?

PunchLyn : J’ai un oncle qui en écoutait beaucoup, ça m’a bercé. Le rap est aussi la musique quasiment inévitable quand tu habites dans un quartier populaire. Tout le monde ou presque en écoute. Ça faisait partie de mon environnement. Mais ce n’est pas ça qui m’a fait rapper. A coté, j’écoutais des sons différents comme Amy Winehouse ou Sade. J’’ai toujours écrit des textes ou des rimes. En cours sur des feuilles volantes quand je m’ennuyais, dans le métro, le bus… Un jour, en classe de seconde, j’ai lu mes textes à une pote qui m’a dit qu’il y avait une musicalité, comme dans un slam. Elle m’a dit d’essayer sur une prod et j’ai kiffé. Je me suis rendu compte que je maitrisais plutôt bien. Je savais poser dans les temps, laisser des respirations. A ce moment, je rappais uniquement quand je séchais les cours ou en soirée mais c’était juste un délire.

iHH : A quelle moment tu décides de passer aux choses sérieuses ?

PunchLyn : Avant de rentrer chez moi après les cours, je squattais avec mes potes près de l’arrêt de métro Charles de Gaulle dans le quartier de L’Épeule à Roubaix. Ils tapaient sur les bornes de compostage des tickets pour faire un rythme et je rappais pour amuser la galerie. Un jour, une fille me dit que son copain tient un studio d’enregistrement et que je devrais aller y faire un tour. J’y suis allée s’en trop à quoi m’attendre et quand j’ai commencé à rapper devant le micro j’ai ressenti comme une évidence. Par la suite, j’ai côtoyé des rappeurs mais aussi des metalleux en trainant au studio. J’étais la seule fille donc on m’a très vite remarquée. Ils employaient des termes que je ne connaissais pas  comme : « vas-y, fait un 16 mesures » ! J’ai appris sur le tas mais comme je savais déjà écrire et que je baignais dans la culture hip-hop, je ne partais pas de zéro non plus.

“De ma communication à la réalisation de mes clips, mon statut d’indé m’oblige à gérer tous les aspects de ma carrière, même ma direction artistique, même si c’est une facette qu’on n’évoque que très peu dans le rap”.

iHH : Comment gères-tu ta carrière en indé ?

PunchLyn : J’ai fait partie d’un collectif (F.A.R). On a fait plein d’événements avec le ville de Roubaix mais j’avais envie de me concentrer sur l’artistique uniquement donc j’ai continué seule. J’ai fait plein d’open mic, de bœufs, j’ai rencontré des gens d’environnements différents…. De là, j’ai commencé à démarcher, mettre de l’argent de coté, faire des concerts… En tant qu’artiste indé, je dois tout gérer de A à Z et ça peut être compliqué parfois, mais quand tu vois le résultat final, ça vaut le coup. Communiquer sur mon actu, contacter des bookers, opter pour une direction artistique, même si c’est quelque chose dont on ne parle pas beaucoup dans le rap, clipper, scénariser mes clips, gérer mon budget… Je produis également certaines de mes prods, ou leur squelette au moins même si je fais aussi appel à des beatmakers comme Yugz, Jayel Flex…

iHH : Quelle est ta vision sur la place des femmes dans rap ?

PunchLyn : Ça m’agace l’étiquette “rap féminin”. Les médias m’appellent souvent pour parler de mon art par le prisme des femmes dans le rap, mais j’aimerais qu’on me parle simplement d’artistique. Il y a Chilla qui est sur ce créneau féministe par exemple et c’est tout à son honneur. Mais je n’ai pas envie de m’enfermer là dedans. Le sexisme dans le rap existe peut-être dans les hautes sphères mais pas dans le rap que je connais, dans mes concerts ou quand je suis en studio, il n’y a aucun sexisme. J’en vois plus au travail quotidiennement que dans le milieu rap que je fréquente.

iHH : Quelles sont tes références dans le rap féminin ?

PunchLyn : Lauryn Hill sans hésitation ! Elle est authentique, elle sait chanter, rapper, il y a un message… J’aime bien Cardi B car elle n’en à rien à faire de se montrer pas maquillée par exemple et elle est très forte techniquement. J’écoute aussi pas mal IamDDB, Little Simz ou Chelsea Reject.

iHH : Tu as été un des premiers phénomènes sur l’application Keakr, comment tu l’as vécu ?

PunchLyn : Un pote me parle de l’appli qui venait tout juste d’être lancée. Il a dû s’y reprendre à plusieurs fois avant que je le fasse. Je travaillais dans un centre social, j’ai fait le freestyle pendant ma pause. Cheveux mouillées, je sortais de ma douche, tu peux même voir un petit qui vient me dire bonjour derrière! C’était une des premières vidéos à dépasser les 20 000 vues. Suite à ça, le créateur de l’appli m’a demandé de venir à Paris. J’ai pu rencontrer des gens avec qui je travaille aujourd’hui comme MKZoo.

Photo de Une © Chloé Bsnd

Vous pouvez écouter Hope sur les plateformes de streamin

© Chloé Bsnd / Akhé le Singe