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iHH INTERVIEW : Demi Portion

@Unal

Après 15 ans de carrière et de nombreux projets, Demi Portion semble enfin avoir obtenu la reconnaissance qu’il méritait. Avec #2Chezmoi, son dernier album sorti en début d’année, le rappeur sètois a franchi un palier – surtout médiatique, qui lui a permis d’élargir sa fan base déjà solide et de légitimer un peu plus un travail de fond entamé depuis l’adolescence en groupe avec les Grandes Gueules puis en solo. Le tout en totale indépendance. Home studio, streaming, Demi Festival, image de rookie dans les grands médias… Demi Portion raconte.

Texte: Aurélien Savart

Sous le choc (2010), Les Histoires (2013), Dragon Rash (2015) et désormais #2ChezMoi (2017)… A 33 ans, Demi Portion commence déjà à avoir une belle discographie à son actif. Et on ne compte même pas les EP’s ou les projets avec les Grandes Gueules depuis 2005.

Artiste indépendant touche-à-tout (il réalise certains de ses clips et maîtrise à merveille les réseaux sociaux), Demi Portion a sorti le bien nommé #2ChezMoi, dernier album en date entièrement écrit et enregistré depuis son home studio à Sète. « Le nom vient d’une série de freestyles réalisés depuis mon appartement puis postés sur le net avec le hashtag #2ChezMoi. C’est devenu un leitmotiv et je l’ai gardé comme titre puisque je fais tout depuis mon home studio. Je ne suis pas à l’aise dans les ‘vrais’ studio’. Il faut respecter un timing, il y a toujours plein de gens qui passent et ça coûte un bras ! Là au moins, je fais tout au feeling. Quand j’ai de l’inspi ou simplement de la motivation, je n’ai qu’à me lever de mon canapé. Je n’ai pas de pression. »

Si le succès de Dragon Rash, défendu sur scène pendant près de deux ans, aurait pu lui faire changer d’habitudes pour la conception de #2ChezMoi, Demi Portion est resté fidèle à lui-même : « j’ai quasiment le même matos depuis 2007. Je fais de la musique, je suis indépendant, je n’ai pas de label, juste un contrat de distribution avec Musicast. Je fais les choses seul et quand tu fais ça tu apprends vite. J’ai toujours aimé apprendre, entreprendre même pour dire le mot. Gérer les logiciels, les réseaux sociaux, le mixage, l’enregistrement… je ne fais pas qu’écrire des textes. Je revendique mon côté couteau suisse. Je n’ai pas modifié mon processus créatif à cause de la réussite de mon précédent opus. Je continue à faire dans l’artisanal, à bricoler mes petits trucs. C’est comme ça que j’ai toujours fait ! »

” Aujourd’hui, tu as mille sons qui sortent tous les jours, tu es inondé de nouveautés et c’est difficile de faire la part des choses. C’est comme la bande qui passe en continu sur BFMTV. C’est bien, ça fonctionne mais qu’est-ce qui va en rester au final ? ”

Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, le rappeur a su encore une fois bien s’entourer pour ce nouvel opus. Du côté de la production, on retrouve des compagnons de route habituels comme El Gaouli, NabH24 ou DJ Rolexxx, le DJ qui l’accompagne sur scène. Coutumier des featuring en série, Demi Portion a invité Oxmo Puccino (Magnifique) et Kery James (Pardonner) en guise de guests de prestige. Quant à Scylla, Jeff Le Nerf, Swift Guad, JP Manova, Sprinter, Monotof, l’Hexaler, Davodka, Youssef Swatt’s et Dooz Kawa, on les retrouve tous sur le titre Planète Rash.

Entre deux mondes

Demi Portion n’a jamais attendu les grands médias pour se lancer et prospérer grâce à la scène et à internet. Mais depuis la sortie de Dragon Rash il y a deux ans, sa carrière a indiscutablement pris une autre dimension. Un sentiment conforté par la réception des médias de #2ChezMoi. Pourtant, l’artiste n’a rien changé à sa méthode de travail ni à son style. « Honnêtement, je ne sais pas comment l’expliquer. Peut-être parce que cette fois-ci on a joué le jeu. On a fait les choses bien niveau promo. Du coup, on a vu ma tête dans les blogs spé où j’ai l’habitude de figurer mais aussi dans Libération, Konbini, le Huffington Post, W9… des médias grand public pas du tout axés rap. Ça a élargi notre auditoire. »

@Unal

Mais au-delà de cette formidable exposition, se frotter aux mass media apporte son lot d’incohérences. Être considéré comme le rookie de service par exemple. (Demi Portion faisait partie de la sélection des « Freshmen : la nouvelle vague du rap français” sur Konbini aux côtés de Josman, Siboy ou Roméo Elvis par exemple !).  Quand on compte près de 20 ans de carrière à son actif, quatre albums solo, des centaines de concerts aux quatre coins du globe et plusieurs projets en groupe… la pilule pourrait être difficile à avaler. Mais pas pour Rachid. « C’est un mal pour un bien. Je peux aussi bien leur parler de mes 20 ans de carrière que de mon dernier projet en date ! Mais c’est surtout magnifique de voir autant de gens s’intéresser à moi. »

Double casquette

L’ambivalence. C’est peut-être ce qui caractérise le mieux le rappeur. Car l’éternel débutant aime jouer sur deux tableaux. Celui qu’on aime citer comme exemple de l’artiste qui s’est fait grâce à internet et aux réseaux sociaux (à juste titre) est aussi celui qui écume sans relâche ou presque les scènes de France et de Navarre depuis des années. Des moments de vrai partage avec le public dont se nourrit l’artiste : « Si tu veux faire du travail sérieux et évoluer artistiquement, il faut être sur le terrain tous les week-end. On kiff de rencontrer les gens, ça donne une force de malade. »

Fervent utilisateur de MySpace à l’époque puis de Facebook, Youtube et consorts par la suite, Demi Portion a toujours su tirer partie des évolutions technologiques pour nouer des contacts et diffuser sa musique. Ses derniers projets sont d’ailleurs quasiment tous disponibles sur les plateformes de streaming ou de téléchargement légal, étape désormais obligatoire pour tous musicien en 2017.  Malgré tout, celui qui a été biberonné au hip hop dans les années 90 a du mal à se satisfaire entièrement de la situation. « J’ai grandi et découvert le hip hop à travers des compilations comme Première Classe, Chronique de Mars, Funk Soul Party, Côté Obscure… qui sont devenus des classiques avec le temps. C’était (et c’est toujours) des repères pour ceux qui les ont écoutées. Aujourd’hui, tu as mille sons qui sortent tous les jours, tu es inondé de nouveautés et c’est difficile de faire la part des choses. C’est comme la bande qui passe en continu sur BFMTV, je ne sais pas ce qu’on en retient. C’est bien, ça fonctionne mais qu’est-ce qui va en rester au final ? »

Demi Festival

Pour la deuxième année d’affilée, l’artiste a organisé le Demi Festival au théâtre de la Mer à Sète. Trois jours de concerts et d’événements hip hop où la fine fleur du rap français est venue balancer des rimes aiguisées à un public acquis à sa cause : Youssoupha, Lucio Bukowski, Sages Poètes de la Rue, Oxmo Puccino, Kacem Wapalek, Rim K et AP du 113, Don Choa, La Caution… Les billets sont partis en quelques heures. « De 1996 à 2003, il y avait un festival hip hop à Sète. C’est là où j’ai vu pour la première fois les 2bal 2neg, Fabe, la Fonky Family, Aktuel Force pour la danse… Se sont des souvenirs forts pour moi. J’ai voulu recréer à ma manière ce que j’avais vécu étant ado. En voyant le Scred Festival, le Narvalow Show ou l’Original, ça m’a donné des idées. Et vu le succès, je crois que j’ai eu raison. »

https://youtu.be/rX9oLRSXceQ