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Wax Tailor : “Je ne suis pas de cette génération qui compose entre deux dates de tournée dans sa chambre d’hôtel”

By Any Beats Necessary, le 5e album de Jean Christophe le Saoût aka Wax Tailor est sorti au début de l’automne. Comme à son habitude, le musicien a concocté son savant mélange de hip hop, de blues et de funk dont lui seul à le secret inspiré par les grands espaces qu’il a traversés lors de sa dernière tournée aux Etats-Unis . Et comme d’habitude, la liste d’invités est longue comme le bras. Si la présence de Charlotte Savary ou Mattic est devenue une constante sur les projets du Normand, celle de Ghostface Killa, R.A the Rugged Man ou de Raashan Ahmad attise la curiosité. Explications.

Pourquoi avoir choisi ce titre, By Any Beats Necessary fortement connoté ?
Il y a plusieurs explications. Tout d’abord, mon deuxième album, “Hope and Sorrow” a failli s’appeler comme ça donc je l’avais en tête depuis un moment. C’est une référence à une citation de Malcolm X “By Any Means Necessary“, empruntée à Jean-Paul Sartre qu’on peut traduire par “Par tous les moyens nécessaires“. Je l’ai détournée avec Beats pour également évoquer l’éclectisme de ma musique car elle peut partir dans plein de directions différentes.

Impossible également de ne pas faire le lien avec le deuxième album de Boogie Down Productions By All Means Necessary. C’est un groupe qui t’a marqué ?
Bien sûr, c’est un album important. C’est du rap politisé, un des premiers long format aussi engagé dans le rap. Ils ont construits les bases pour toute une génération dont Public Enemy sera la figure de proue. Et comme j’ai découvert le rap en 87 avec Public Enemy, la filiation est évidente.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de composer un nouvel album ?
Début 2015, après avoir terminé un projet de plusieurs semaines avec le conservatoire de Lille et la chef Lucie Leguay (qui a donné vie au live Wax Tailor & The Phonovisions Symphonic Orchestra sorti en 2014), j’avais besoin de retrouver mes marques. J’avais juré de ne plus bouger et de rester en studio. Mais on m’a proposé une tournée d’un mois aux Etats-Unis que je n’ai pas su refuser. Juste avant de partir, en déménageant mon studio, je suis retombé sur le livre de Jack Kerouac Sur La Route. La combinaison des deux m’a fait aborder cette tournée comme un road-trip musical. Cela m’a aussi conforté dans le choix du nom de l’album puisque Jack Kerouac fait partie du mouvement littéraire appelé la Beat Generation.

Pour l’enregistrement de Worldwide avec Ghostface Killa, on s’était donné rendez-vous à New-York mais il nous a mis un vent et on on a dû décaler. Niveau sérieux, on fait mieux

Tu l’as donc composé entre les dates de cette tournée ?
Non pas du tout. L’essentiel de l’album s’est fait avant et après la tournée aux Etats-Unis mais pas pendant. Je ne fais pas partie de cette génération capable de composer entre deux dates de tournée dans sa chambre d’hôtel. Cette tournée m’a beaucoup inspirée et j’ai retranscrit tout cela en musique à mon retour. Je me suis enfermé dans mon studio en Normandie et c’est comme ça que ça commencé.

Il y a a une nouvelle fois pas mal d’invités sur ton album dont des rappeurs confirmés comme Ghostface Killa, R.A the Rugged Man ou Raashan Ahmad mais aussi les jeunes Token et A-F-R-O, peux-tu nous en parler…
R.A, c’est un personnage et j’aime son univers. On est plus ou moins de la même génération, le courant passe très bien et il est hyper pro aussi, c’est assez rare dans le rap pour être souligné. Raashan, c’est un peu la même chose, on se connaît depuis longtemps et il sera d’ailleurs sur la tournée avec moi. Ghost, je l’ai croisé pour la première fois il y a vingt ans à Londres en première partie de Jeru the Damaja. S’il y en a bien un qui a sauvé la maison Wu-Tang, c’est bien lui ! Mais c’est un mec de ma génération qui a encore 18 ans dans sa tête. Niveau sérieux, on fait mieux… Pour le morceau Worldwide sur lequel il apparaît, on devait se capter à New-York pour enregistrer mais il était à Londres et on s’est pris un vent… On a dû recaler un rendez-vous. Mais la situation s’est finalement réglée et on a pu le faire. Mais concrètement, j’ai préféré la fraicheur de jeunes comme Token et A-F-R-O avec lesquels j’ai eu de vraies sensations. Token vient du Massassuchetts, il a 17 ans, son flow est très proche d’Eminem. Il est connu pour son titre “No Sucka Mcs Contest”. AFRO a le même âge et vient de Los Angeles. C’est R.A the Rugged Man qui l’a découvert. Il est incroyable et vénère les vétérans de la côte Est comme Rakim, Nas, BDP, Kool Herc… Il enregistre un album avec entre autres DJ Premier. Il est à surveiller de très près.

A.S

By any beats necessary, dans les bacs.

Photo de Une : Geraldine Petrovic