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Rencontre avec le duo de producteurs MLPA

MLPA, c’est un jeune duo parisien de beatmakers qui produit un hip-hop nuageux et planant, porté par des rythmiques franches. Rencontre avec deux producteurs qui posent les bases d’un ADN unique.

 

On peut écouter plusieurs de vos projets sur Soundcloud, pouvez-vous nous en parler ?

Baye Boubou : Nous avons sorti notre dernier projet “6.0”, le 22 juin dernier, dispo en streaming. Et sur Soundcloud, il y a 5 projets, sortis entre 2015 et 2016, plus des instrumentaux hors projet qui datent de 2014.

Comment pourriez-vous définir le style MLPA ?

Illima : On fait de l’alternatif avec des influences hip-hop.

B.B. : Le hip-hop, c’est la musique avec laquelle on a grandi. Le rap de New-York, celui d’Atlanta, de Toronto. On est très influencé par le sud des USA en particulier.

I : Tu le sens sur les boucles ralenties, les répétitions de caisse claire…

B.B. : On va dire que l’on se situe entre Atlanta et Houston. Houston pour le côté posé et Atlanta pour les sons plus bruts, crades. On utilisait pas mal de samples au début, aussi parce que c’était le modèle avec lequel on a grandi. Dernièrement on a évolué, écouté plus de musiques électroniques, alternatives. On a mis ça à profit dans notre musique. La soul c’est idem.

On trouve quelques sons à l’influence soul, notamment sur Saturday Nights …

B.B. : Cet EP, c’est notre carte de visite. Chaque projet à sa réflexion, son thème. Sur Saturday Nights, il s’agit de la nuit, du son que l’on écoute à ce moment-là. From H-Town to Paris explore plus la musique de Houston. Il y a beaucoup de chopped’n’screwed. On a samplé des artistes comme Kirko Bangz, sur l’intro de l’album. Sur ce projet on s’est vraiment concentré sur ce style.

Des groupes comme SBSTRKT ou Hudson Mohawke nous ont inspirés

Avec Aspirations, le 3e projet, qui s’inscrit dans la continuité on sent tout de même un travail plus léché et abouti…

I : On s’est vraiment lâché sur ce projet. C’est un peu l’EP “check-point”.

B.B. : Avant cet Ep, on est dans la 1ère phase de MLPA. La deuxième phase c’est entre Aspirations et 6.0. Sur ces 4 derniers projets, la touche électro est plus présente. Il y a des groupes comme SBSTRKT, Hudson Mohawke qui nous ont inspiré. Ensuite on a fait New Rules qui évolue encore, tout en restant sur la même formule que le précédent.

I : Et aussi, à partir d’ “Aspirations”, nous avons utilisé beaucoup moins de samples. Nous avons beaucoup plus travaillé les sons, les nappes. Au début on ajoutait quelques notes à un sample, pour que finalement ce soit l’inverse, voire qu’il n’y ait plus du tout de sample. Je trouve que l’on a gagné en créativité. “Aspirations” ne contient que 3 morceaux mais qui sont décisifs.

Pourquoi cette envie d’arrêter le sample ?

B.B. : Pour évoluer, créer, sortir de ce style très utilisé dans le hip-hop. On était alors en pleine mutation et c’était un défi. On ne veut pas être trop répétitif. Chaque projet doit porter sa nouveauté, son innovation.

I : On est aujourd’hui dans un son beaucoup plus évolutif.

Aux débuts du rap et plus généralement du hip-hop en France le public est assez ciblé, le style vestimentaire est repérable, les identifications importantes. La nouvelle génération que vous représentez a fait exploser ces codes. Qui est votre public ? Qui visez-vous ?

B.B. : Tout le monde ! Du collégien au père de famille. Mon grand cousin de 40 ans, c’est d’ailleurs grâce à lui en partie que j’aime autant la musique, est un grand fan de hip-hop. Il peut très bien écouter un vieux Dr. Dre comme le dernier Travis Scott. En fait certains vont plus être marqués par le sample, d’autres par une nappe… Il y a vraiment un éclectisme chez l’auditeur. Je préfère ça plutôt que de cibler un public. Je pense que c’est générationnel. C’est pareil chez les artistes. Chez Kendrick Lamar, tu prends “Good Kid, Maad City”, il est jazz, le suivant G-Funk. Et le dernier, “Damn”, est plus actuel. T’as des bangers ou de la trap…

Notre génération connaît bien plus d’influences qu’avant. Avant les gars écoutaient Mobb Deep et par conséquence du rap de New York. Quand tu vois un mec comme DJ Mehdi, qui a commencé par des productions pour Ideal J et qui a continué avec de l’électro, tu vois cette évolution. La musique est un cycle. Les plus anciens qui écoutaient Wu-Tang n’écoutaient pas T.I.. Pour nous c’est pareil, la nouvelle génération nous parle moins. On n’est pas dans le délire de savoir ce qui est du rap ou non. Il y a de la bonne et de la mauvaise musique partout. Tu ne vas pas me faire croire qu’à la fin des 90’s tous les albums de rap étaient parfaits.

: C’est aussi clairement une chance de pouvoir bénéficier de cet héritage. Des prédécesseurs nous ont ouverts des portes, il faut en profiter. Quand on s’est rencontré avec Bayboubou on s’est dit qu’on ferait de la musique ensemble, mais nous n’avons jamais cherché à en définir le style.

B.B. : Et des artistes évoluent avec cela. Quand tu écoutes le premier et le dernier Kayne West, cela n’a rien à voir. D’ailleurs ses pochettes suivent bien cette évolution.

Il ne faut pas confondre buzz et succès. Tu peux être exposé aujourd’hui sans que cela ne t’amène de succès à long terme.

D’ailleurs, comment vous êtes-vous connus ?

I : Depuis gamin on se connaît. On s’est perdus de vue puis recroisés au Lycée. Et là on a commencé à faire du son. On avait deux passions ; le rap et les mangas.

B.B. : Le nom du groupe est d’ailleurs inspiré par le manga “One Piece”.  M.L. pour Monkey Luffy et P.A. pour Portgas Ace, qui sont deux personnages de la BD. On a pris es initiales en clin d’œil.

Mais ce ne sont pas vos noms d’artistes…

B.B. : Non. Moi j’ai gardé mon prénom Baye Boubou. C’est le prénom de mon grand-père paternel, ça représente aussi ma famille et mes origines.

I : Moi c’est Illima. Je m’appelle Jordan, donc si tu veux si j’avais gardé mon prénom, j’aurais eu beaucoup de procès avec la marque !! Plus sérieusement, c’est un clin d’œil à Lil’ Wayne que j’adore. C’est l’envers de son morceau Amili.

Vous avez fait le choix de l’autoproduction et de l’autopromotion. Mais on ne trouve quasiment aucun son sur YouTube, mis à part un clip (“Hope Part.2”) issu du dernier EP. Pourquoi ?

I : On voulait que chaque chose soit à sa place. Tous nos projets gratuits se retrouvent sur Soundcloud. Le dernier projet, payant, est sur Apple Music. Et le clip sur YouTube, car YouTube est, il ne faut pas l’oublier, fait pour l’image à la base.

B.B. : Et maintenant il y a une nouvelle fonction sur Instagram où tu peux y mettre des vidéos de 1 à 10 minutes. Donc les clips passeront par là aussi.

C’est marrant parce qu’il y a quelques années encore, les artistes pleuraient pour être diffusés. Aujourd’hui vous donnez l’impression d’artistes qui au contraire échelonnent, graduent en ayant conscience que justement, tout peut être diffusé gratuitement…

B.B. : Avant le marché était différent. Les gens attendaient 23 heures sur M6 pour voir un clip de Busta Rhymes ! Il y avait tellement de raretés, tu pouvais sortir un album tous les deux ou trois ans et l’auditeur sautait sur l’occasion. Maintenant si tu ne sors rien pendant un an, les gens se demandent ou tu es passé et ils t’oublient au final. Il faut donc penser à sortir régulièrement tout en gardant le qualitatif. Disons que nous ne souhaitons pas non plus sortir de projet trop vite. “6.0” est aussi le fruit de cette réflexion. C’est notre premier album masterisé, on prend donc notre temps.

I : Aujourd’hui il ne faut pas confondre buzz et succès. Tu peux être exposé aujourd’hui, cela ne t’amène pas de succès à long terme.

Vous envisagez des projets avec des rappeurs, c’est une partie de l’identité du groupe ?

I : On ne va pas trop en dire, mais il y a des choses prévues, restez attentifs !

Interview : Mathias HUDBERT / Photo : D.R.

“6.0” est disponible sur toutes les plateformes de streamin.