EDITO

iHH #8 : L’édito en exclu !

Dans un monde où les frontières sont toujours plus militarisées, où les services publics indispensables (de Radio France à la SNCF, en passant par les hôpitaux et l’Éducation nationale pour ne citer que des exemples français) sont sabotés puis dépecés pour les livrer à des intérêts privés, où le racisme dans sa plus vulgaire expression est distillé consciencieusement depuis les plus hautes sphères d’États en totale décadence autoritaire, où l’on culpabilise les plus fragiles pour continuer à nourrir les indécentes fortunes des plus cupides et où l’on préfère réprimer et enfermer à tour de bras tous ceux qui ont l’audace de lutter pour des changement sociaux radicaux, le hip-hop continue à offrir un visage étonnamment fraternel et bigarré. Alors certes, pour ne puiser que dans le copieux sommaire de ce numéro 8, si l’on met côte-à-côte OrelSan, Kool G. Rap, Triplego, le Suprême NTM, les $uicideboy$, Kaaris, Chilla, Joe Lucazz et Hornet La Frappe, difficile d’en dégager la cohérence stérile de styles figés et moribonds tels que la country ou le rock FM. Tel un buvard géant, le style musical numéro 1 au monde absorbe, mixe, déstructure, réinvente toutes les influences qui passent par les cerveaux, les tripes et les machines de ses activistes. C’est désormais acquis par tous ses acteurs et fins connaisseurs, le rap est polymorphe, transformiste, contradictoire, imprévisible ; commercial ou confidentiel, trivial ou sophistiqué, traditionaliste ou iconoclaste, militant ou superficiel ; composé de dizaines de nuances plus ou moins subtiles, plus ou moins étanches entre elles, indépendantes ou directement inféodés aux multinationales du disque. Qu’importe, ce sont justement ces différences qui s’additionnent si paradoxalement qui font sa force.

Fidèle à son leitmotiv, iHH™ Magazine propose de vous plonger dans différents styles, artistes et disciplines qui font le hip-hop d’aujourd’hui ou feront celui de demain, sans non plus faire l’impasse sur la mémoire de ce mouvement, ces racines solides sans lesquelles rien n’aurait pu être possible. Quant au choix de mettre OrelSan en couverture – comme nous l’avions déjà fait pour le numéro 16 de notre ancienne formule – pour marquer le coup de la remarquable réussite à tous niveaux de son troisième album n’est évidemment pas une allégeance à la doctrine Manuel Valls révélée sur une brocante d’Évry en 2009 par le député-maire PS (désormais apparenté LREM) exigeant que l’on voit sur les photos de journalistes aux ordres davantage de “blancs, de white, de blancos… (sic)”, et généralement suivie avec un grand zèle par tout ou partie de nos confrères de la presse écrite propriété de milliardaires… Loin de nous l’idée de rentrer dans le jeu dangereux de certains médias qui n’ont de cesse de gommer l’essence populaire et multiculturelle du hip-hop en France en jetant leur dévolu sur le premier rappeur blanc médiocre issu des classes moyennes débitant des séquences de bons mots inoffensifs, avec pour objectif rédactionnel plus ou moins conscient de faire disparaître insidieusement du paysage médiatique toute expression qui ne soit pas en phase avec le consensus culturel mou souhaité par les classes sociales dominantes. Aujourd’hui encensé par cette même presse qui hier le clouait au pilori pour de maladroits sketchs Internet, OrelSan a dû faire ses preuves pour mériter sa place et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y est parvenu sans faiblir, aboutissant en fin d’année dernière à son imposant troisième album : “La Fête Est Finie”.

Qu’importe que les codes du hip-hop soient récupérés par un troupeau d’opportunistes souhaitant tirer profit de sa phénoménale popularité, comme pour le blues, le jazz, le rock, la funk, le punk ou la house avant lui, ne passeront le test du temps que les meilleurs. Et comme d’habitude, c’est dans les pages de iHH™ Magazine que vous en retrouverez la plus forte concentration, histoire de perpétuer contre vents et marées notre œuvre de propagande éditoriale au service exclusif d’un hip-hop créatif, sans barrières ni frontières.

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TEXTE : YANN CHERRUAULT – PHOTO : PUTSH.ONE