Sommaire et édito

NUMERO #6 (février 2017)

SOMMAIRE NUMERO #6 (février 2017)

iHH™ #6, numéro massif de 116 pages, dispo dans tous les kiosques et Relay de France !!!

Avec : Seth Gueko, KERY JAMES OFFICIEL, SCYLLA, Saké, Kalash Criminel, BIG SHUG, Alivor, Jeru the Damaja, Davodka, Lords Of The Underground, TUPAN, JAMALSKI OFFICIAL, YWill (La Jonction) et plein d’autres…

Mais aussi un dossier justice et vérité pour Adama Traoré, un focus sur Awful Records, une multitude de chroniques…
Avec des invités de marque : ReapHit.com, Fake for real, SwampDiggers, Le Bon Son / lebonson.org, The BackPackerz, Steph Freshnews


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Edito

Pour un mouvement qu’on disait moribond, le hip-hop ne se porte finalement pas si mal lorsqu’on s’émancipe du travail de sape des pseudo-médias de référence (pour le MEDEF). Il suffit de jeter un œil ou une oreille à tout ce qui se désagrège alentours – quand il ne s’agit d’ailleurs pas d’une putréfaction avancée – pour constater que le rap, comme tous les éléments de la culture hip-hop, fait plus que jamais preuve de dynamisme en France. Loin des clichés sur son prétendu délitement, 2016 aura encore été un cru extrêmement riche, distribuant comme s’il en pleuvait évolutions stylistiques, grands albums, rimes assassines, compositions addictives, découvertes vivifiantes, clips coups-de-poing ou scratchs chirurgicaux. Le sommaire de ce iHH™ #6 qui vous offre encore un large panel de ce qui se fait de mieux de l’underground au mainstream ne laisse aucun doute possible : le hip-hop surclasse tous les autres styles, malgré les exactions de quelques-uns de ses pires apparentés.

Quant à ceux qui ne trouvent à associer que les mots “bêtise” et “violence” au déluge de projets polymorphes que le hip-hop engendre chaque année, il ne faut pas chercher très loin leurs fondements idéologiques où s’entrechoquent ignorance absolue, poncifs racistes et d’extrême-droite, le tout saupoudré de mépris ou de haine de classe.

Et puisqu’on évoque la supposée violence attribuée au rap en particulier, que dire de cette tristement fameuse violence légale qui fait régulièrement les beaux jours des sujets de bac. Depuis toujours, la France a un problème avec sa police, organisée comme le bras armé intouchable de l’État, quelles que soient ses sinistres turpitudes ou donneurs d’ordre… Qui peut oublier, notamment, qu’avant de devenir ministre, le collabo nazi Maurice Papon fut préfet de police de Paris malgré son abject passé que tout le monde connaissait (il fut finalement condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l’humanité) et responsable de l’assassinat par la police de centaines d’Algériens le 17 octobre 1961 et d’une dizaine de militants de la CGT et du Parti Communiste le 8 février 1962 (sans oublier les centaines de blessés), massacrés à la station de métro Charonne.

L’année 2016 n’aura malheureusement pas rompu le cycle infernal de la fuite en avant sécuritaire, encore renforcé par l’état d’urgence permanent instauré suite aux attentats. On garde évidemment en mémoire la répression sauvage et aveugle des centaines de milliers de manifestants qui se sont dressés contre la loi rétrograde dite “travail” avec des centaines de blessés parfois grave (dont des lycéens) et des milliers d’arrestations et d’incarcérations totalement arbitraires. On n’ose imaginer les réactions du microcosme médiatique aux ordres, le même qui vomit chaque jour sa haine du rap, si de telles choses s’étaient produites avec la même ampleur à Cuba, en Grèce ou en Russie. Mais plus grave pour les quartiers populaires, la culture de la bavure, du contrôle au faciès, des pratiques vexatoires et arbitraires frappe toujours plus les populations désargentées et assommées par le chômage de masse. L’intervention de l’État finit par se résumer à une police structurellement violente, mal formée, manifestement jamais là au bon moment, une hiérarchie au mieux absente et des agents souvent dénués de toute empathie.

L’inacceptable mort d’Adama Traoré le 19 juillet dernier dans une gendarmerie du Val-d’Oise, l’attitude surréaliste des autorités et des forces de l’ordre depuis, les constantes intimidations et manœuvres dénoncées par avocats, journalistes et associations à l’égard de sa famille qui n’exige pourtant que la vérité et la justice pour celui qu’elle a perdu, ont révulsé tous ceux en France qui mettent encore du sens dans la devise “Liberté, Égalité, Fraternité”, au-delà du slogan publicitaire creux qui orne quelques frontons d’édifices publics. Une fois n’est pas coutume, face à l’horreur et la colère qu’engendre la nouvelle d’un jeune qu’on a laissé mourir comme un chien, menotté, dans une cour de caserne, beaucoup de représentants de la communauté hip-hop hexagonale se sont levés pour s’insurger et exiger que toute la lumière soit faite sur cette sombre histoire, que tous les responsables en payent les conséquences et que cette brutalité constante infligée aux quartiers abandonnés par la République cesse enfin. Assa Traoré, sœur d’Adama, nous fait le grand honneur de témoigner dans nos pages avec une dignité et une lucidité rares. Nous rendons un hommage appuyé à son courageux combat. Nous donnons aussi la parole aux artistes qui, comme Guizmo, Nekfeu, Alivor, Kery ou La Rumeur, appellent à la résistance et à la plus grande vigilance. Car quand on voit le casting de réacs dans les starting-blocks pour la présidentielle de 2017, si nombre de sorties rap devraient encore atteindre des sommets, le tout répressif, sécuritaire et austéritaire des années Sarkozy-Hollande risque de monter encore en puissance et de laisser pas mal de gens et de libertés sur le carreau. Pour combattre cette déliquescence sociale qu’on nous programme, rien de telles que les luttes et la bande son hip-hop qui va avec !

Yann CHERRUAULT

Seulement dans les quartiers

Les condés de l’abus de pouvoir ont trop abusé

Aussi sachez que l’air est chargé d’électricité

Alors pas de respect, pas de pitié escomptée

Vous aurez des regrets car

Jamais par la répression vous n’obtiendrez la paix, la paix

La paix de l’âme, le respect de l’homme

Mais cette notion d’humanisme n’existe plus quand ils passent l’uniforme

Préférant au fond la forme, peur du hors-norme

Pire encore si dans leur manuel ta couleur n’est pas conforme

Véritable gang organisé, hiérarchisé

Protégé sous la tutelle des hautes autorités

Port d’arme autorisé, malgré les bavures énoncées

“Police” par Suprême NTM