dj-rolxx-5

iHH™ INTERVIEW : DJ Rolxx, des clubs de Manchester aux tournées avec Demi Portion

Homme de l’ombre indissociable du succès de Demi Portion ces dernières années, DJ Rolxx aka Joris Voisin, vient de publier M.U.S.I.C, un premier solo instrumental aux accents trip-hop. L’occasion d’évoquer sa passion pour le graff, son exil formateur dans les clubs polonais de Manchester et une première tournée en Europe de l’Est en béquille.

international Hip-Hop : On t’aperçois aux côtés de Demi Portion depuis quelques années mais on ne connaît pas grand chose sur toi…

DJ Rolxx : Je vais te surprendre mais en fait, mon premier amour c’est le graff ! Au début des années 2000, j’ai 12 ans et j’emménage dans le sud de la France, dans la région de Montpellier. Mes nouveaux potes au collège me font découvrir le rap français et le graff. Le simple geste m’a retourné le cerveau. C’est mon premier contact direct av le hip-hop. Il a fallu ensuite que j’impose mon blaze avec mon petit poska.

Et la musique arrive quand ?

Un jour, un pote plus âge réussi à chopper une platine DST qu’on relie à une source audio et on scratche. A 17 ans, je comprends que je vais m’y mettre pour de bon. L’année de mon bac, j’abandonne le lycée et pars en Angleterre pour devenir DJ à plein temps. Je rejoins un pote DJ polonais rencontré sur le net. Il aime la culture française et ça me choque. Il m’accueille chez lui à Manchester. Je trouve un taf, on mixe chez lui, on démarche des soirées ensemble. C’est là que je me forme réellement, dans les clubs. Les Anglais aiment la musique quoi qu’il arrive et c’est cool. Je commence à jouer dans les bars polonais, slovaques ou tchèques via mon statut de frenchie et grâce au réseau de mon ami. Les choses se passent mais tout doucement…

Un soir, un gars me propose de participer à une tournée en Europe de l’est, pour le festival « Euroculturel » financé par des fonds européens. C’est ma première tournée en bus, ça dure un mois, c’est une révélation ! Quelques jours avant de partir, je me fait une rupture des ligaments croisés ! Je pars avec un sac de 100 disques sur l’épaule, avec des béquilles. C’est la première fois que je voyageais grâce à ma musique, j’en garde une sensation de liberté immense.

A partir de cet instant, ta carrière prend un nouveau tournant ?

Oui mais pas comme attendu… Je reviens en Angleterre. C’est le début de la crise financière. Les salaires sont moins élevés, les dates plus dures à trouver… Je rentre en France car ça devient trop galère. J’atterris dans le garage de mon père où je m’enferme pendant deux ans. Je fais une mixtape « Underground solution ». C’était juste un lien balancé sur MySpace et sur le tout jeune Facebook. J’essaie de faire quelques événements mais c’est pas évident depuis mon petit village.

J’essaie tout de même de rester dans le milieu de la culture, je fais quelques concerts, on m’appelle aussi pour participer à des événements en lien avec le graff. On me propose un créneau hebdomadaire sur Radio Pays Herault (RPH), que les gens de Montpellier ne captent pas, je précise ! C’est une super expérience mais j’arrête au bout d’un an car ça me demande beaucoup de travail.

J’ai eu une période où j’ai rappé aussi ! J’allais participer à des freetsyles dans des bars sur Montpellier. C’est là que j’ai fait la connaissance de Lacraps.

C’est là que tu rencontres Demi Portion aussi ?

A force d’être présent dans les événements hip-hop, je fais la connaissance de Demi Portion, que je suivais déjà sur les réseaux. On se recroise plus tard. J’en profite pour lui refiler une de mes mixtapes. Quelque temps après, il me recontacte et me propose d’être son DJ sur sa prochaine tournée. Il vient de sortir Artisan du bic (fin 2010) et cherche quelqu’un pour l’accompagner sur scène.

C’est ma première tournée en France, avec un nouveau crew. Je vois qu’on va passer pro, jsuis un peu timide mais je fais mes preuves par mon taf. La deuxième année, je propose plus de choses, j’impose plus mon style. On est dans le même délire avec Rachid (Demi Portion, ndlr). Ça fonctionne. Je me mets de plus en plus à la production. Comme je suis son DJ, on vit le truc sur scène et on peut le débriefer juste après.

D’où vient ton blaze DJ Rolxx ?

C’est nom premier nom de tag. Par la suite,  j’ai découvert qu’un autre taggeur plus connu s’appelait comme ça donc j’ai switché pour mon nom de scène et j’ai changé de nom de tag. Je tag moins car pas le temps mais je pense graff, j’en mate sur instagram, je me repère dans une ville grâce aux graffs…

Qu’est-ce qui t’a poussé à sortir un projet solo ?

J’en avais envie depuis un moment. C’était nécessaire par rapport à ma vie, aux changements qu’il y a dans la musique… C’est une carte d’identité pour que les gens connaissent un peu plus mon univers. J’ai voulu me présenter sans surjouer le coté « je suis le DJ de Demi Portion ».

M.U.S.I.C (Musique universelle sous influence cosmique) ne dure que 20 minutes, tu avais peur que les gens ne l’écoutent pas pour qu’il soit si bref ?

Oui et non. C’est sûr que l’époque à conditionné le format. Mais 20 minutes, cela correspond aussi à la qualité de pressage optimum sur vinyle !

Pour être franc, je me force à faire des instrus pour des rappeurs

Musicalement, M.U.S.I.C est différent de ton travail avec Demi Portion, c’est très orienté trip-hop…

J’ai voulu faire tout ce qui m’avait marqué à la première écoute quand j’avais 13 14 ans. Moby, Wax Taylor, Fatboy Slim, leurs compos résonnent encore dans ma tête. Pour être franc, je me force à faire des instrus pour des rappeurs ! (rires). J’ai encore beaucoup de facettes à montrer. C’est la première pierre à l’édifice, d’autres projets suivront.

Tu es passé à la MPC live depuis peu…

Après 10 ans avec ma MPC classique. Il y avait des sonorités que je n’arrivais pas à faire techniquement avec mon ancienne machine (basses, kicks…). J’ai changé pour ne pas être à la ramasse. J’ai tendance à partir dans tous les sens du coup, dans tous les styles, il faut que je me cadre. Je me donne un petit temps d’amusement. Mais ce sont autant de possibilités supplémentaires.

Qui a réalisé la pochette ?

C’est un ami nantais, graffeur à la base, qui est dans un délire sculpture/maquette depuis deux ans. L’esthétique est soignée. C’est une vraie maquette physique prise en photo qui était d’ailleurs exposée lors de la release party de l’album. 

Est-ce qu’il y a des projets instrumentaux qui t’ont marqué ?

Plus que des projets en soi c’est plutôt le travail global de certains artistes qui m’ont influencé. Wax Taylor, Rjd2, le collectif Tour de Manège avec le français GooMar. Et aussi le taf de proches comme El Gaouli ou Al Tarba.

Photos : DR DJ Rolxx