Sameer

[Archive] Interview de Sameer Ahmad pour son classique “Perdants Magnifiques”

Injustement oublié dans la plupart des tops de fin d’année de nos confrères, le camarade Sameer Ahmad a pourtant sorti cet année un superbe EP, “Jovontae”, sous l’alias Un Amour Suprême. L’une des plumes les plus pointues du rap français n’en était pas à son coup d’essai, loin de là. Son quatrième album “Perdants Magnifiques”, sorti en 2014 et co-produit par iHH™ et le label Bad Cop Bad Cop, est d’ores et déjà certifié classique. Nous l’avions longuement rencontré un an plus tard pour revenir sur la genèse de ce grand disque qui n’a toujours pas pris une ride. Nous vous offrons aujourd’hui l’intégrale de cette discussion passionnée publiée dans notre n°4 d’avril 2016. Une bonne occasion de refaire un tour dans l’œuvre impeccable du lascar et disséquer avec lui ses processus de création avant une réédition annoncée courant 2018 en vinyle et cassette audio.

Tu nous as dit que tu détestais te présenter. De fait, on a très peu d’infos sur ta vie personnelle, ta bio, ton parcours. C’est une volonté de rester le plus discret possible là-dessus ?

SAMEER AHMAD : Non, pas vraiment une volonté. Si tu me poses la question je répondrai, mais je ne trouve pas ça forcément passionnant…

Ta première apparition sur disque date de 2005, “Le Sens De La Formule”. Rien avant ? Un groupe ?

S.A. : Si, j’avais un groupe,  “Men Of Style”. Pour l’anecdote, il y avait Sinik dedans.

Parisien à la base ?

S.A. : Non, montpelliérain. On était tous de Montpellier, on avait fait un truc qui était sorti en cassette, je ne l’ai même plus ! Il y avait pas mal de monde, c’était en 2000. Après, je me suis arrêté, et j’ai repris en 2004, avec l’album “Le Sens De La Formule” donc, qu’on a fait très très vite, et qui est sorti en 2005.

Tes débuts dans le rap c’est quoi ? Comment tu y viens ?

S.A. : J’avais 17-18 ans. Au début, j’ai écrit un texte pour un pote, même pas en mesures. Il voulait rapper, comme les gamins quoi, alors je lui ai fait un texte et puis je lui ai dit : “Viens, on fait un groupe, tu fais tes textes, je fais les miens”.

Des scènes à l’époque ?

S.A. : Non ! Tu sais, tu rappes avec tes gars, dehors, t’essayes d’improviser… On faisait du skateboard aussi, beaucoup. En skate, t’essayes de t’impressionner, dans le rap tu fais pareil. Au collège, tu passes ton temps à te faire des rimes : “Regarde ce que j’ai trouvé”, tu vois…

Mais tu as touché aux autres disciplines ?

S.A. : Non. Je n’y connais rien. Je me suis intéressé, j’ai regardé des documentaires… J’aime bien tout ce qui touche aux débuts, comme le graffiti par exemple, le film “Wild Style”, tout ça… Toute l’évolution après, ça ne m’intéresse pas vraiment. Comme pour la danse : comment les mecs ont trouvé le truc, oui, mais après plus trop. Les tout débuts, dans le Bronx, c’est marrant, les archives notamment… Mais moi, je n’ai jamais été là-dedans. J’aime bien, mais sans me revendiquer hip-hop.

Ce qui m’a attiré dans le rap, c’était plutôt le côté ludique, le côté performance. Pas trop la tendance qu’il pouvait y avoir à l’époque, genre “je rappe mal, mais je revendique”.

Dans tes textes aujourd’hui, tu ne revendiques pas du tout la vie de quartier, d’ailleurs. Tes débuts, c’était du “rap de tess” ?

S.A. : Non. Petit, j’ai changé pas mal de villes, même de pays, rapport à ma situation… J’arrive en France à 6 ans, depuis l’Irak. Mais après, on est repartis en Algérie. Puis on est revenus en France, et là on a déménagé plein de fois. Donc je n’ai pas vraiment d’ancrage dans une ville. Je ne vais pas revendiquer un truc qui ne m’appartient pas. Je ne suis pas né à Montpellier. Et puis le rap qu’on écoutait, on y a vachement eu accès à travers les vidéos de skate. Donc c’était des trucs à la Souls Of Mischief, Del The Funky Homosapien, A Tribe Called Quest, Smif-N-Wessun, des trucs un peu “rue”, mais dans un autre esprit, quoi… Et en France, pareil : ce qui m’a vraiment accroché, au tout début, c’étaient Les Sages Poètes De La Rue, les X.Men, et puis Lunatic, qui était quartier pourtant, mais il y avait un truc plus ludique. Ce qui m’attirait, c’était plutôt ce côté ludique, ce côté performance. Pas trop la tendance qu’il pouvait y avoir à l’époque, genre “je rappe mal, mais je revendique”. Même IAM, “Ombres Et Lumières”, je n’ai jamais écouté. Je trouvais que ça ne sonnait pas……

Trop sur le temps, trop mécanique…

S.A. : Ouais. Façon régimes militaristes, quoi [rires] ! Il n’y avait pas ce groove. Prends Smif-N-Wessun, quand ils sont arrivés, les gens disaient : “Ils ne rappent pas dans les temps.”. Ils jouaient dans les contretemps, et moi, je trouvais ça trop frais. Ça swinguait ! Ils laissaient de gros blancs, alors qu’en France, c’était la grosse époque à l’anglaise où tu remplissais de ouf : “Authentik, authentik takatakatak”… Non ! Les autres, ils laissaient de gros vides, et c’est plus ça qui m’a plu, pas tellement le truc quartier… On était davantage sur les phases. ATCQ, c’était plein de phases. Pour moi, Phife Dawg, c’est un des premiers punchliners du rap au final.

Tu cites A Tribe Called Quest dans ton album, d’ailleurs : “Je maraude à Midnight pile” [référence au titre du deuxième album de A Tribe Called Quest, “Midnight Marauders” – NDLR]

S.A. : Oui. Q-Tip, aussi, c’est un type qui ne m’a pas vraiment influencé dans la forme mais qui, dans son parcours en tout cas, garde un truc frais. Il a 45-50 ans, et il reste frais tout le temps. Je sais que son prochain album, je l’écouterai. Comme un jazzman, un peu. Il sait évoluer. Même un type comme Jay-Z, en plus “mainstream”, quand il sort un album, ça ne te surprend même pas. Et il ne s’est jamais vraiment planté.

Le dernier Dr. Dre ne t’a pas déplu d’ailleurs, je crois ?

S.A. : Ça ne me renverse pas, mais par rapport à l’album d’un autre mec, c’est pas pire. Ce n’est pas le dernier album de Booba, quoi… Il est bien au-dessus. On en attendait beaucoup, mais si t’enlèves le nom, c’est un album qui est bien produit, pas toujours bien rappé mais… c’est un bon album, pas du tout catastrophique. À 50 piges, c’est bien, quoi ! Ça aurait pu être mieux, mais quand même ! Et aux USA, il y a plein d’exemples. Je trouve que pour la France, c’est un peu le challenge qu’il reste à faire. Sans regarder vers les États-Unis, mais trouver ce truc.

Un des morceaux les plus connus de toi, d’ailleurs, c’est “Mon Polo” avec le sample des X.Men au refrain, et ce n’est sans doute pas un hasard. Je me disais que tes influences étaient forcément à aller chercher de ce côté-là. Ils sont arrivés à un moment où le rap en France était très droit, et disait plein de choses. Eux, ils ont remis la forme avant le fond, et ont fait swinguer le français. Tu dis même que tu aimerais que des gens qui ne parlent pas français puissent écouter ta musique.

S.A. : Mais c’est arrivé déjà ! Des types nous passent à la radio, au Canada, en Norvège, en Angleterre, et on a eu des bons retours de partout. C’est vraiment un kif. En France, c’est très axé sur l’écriture et le message, et c’est important, mais on avait peut-être un peu oublié la musique… Surtout dans les années 2000, les Sinik, Alibi Montana, tous ces trucs-là… On s’en foutait un peu de la musique, fallait juste dire des choses dessus. On n’était pas dans la musique. Et ceux qui faisaient ça, d’être dans la musique, on les considérait un peu comme des zulus… Maintenant, c’est revenu. Des mecs comme Kendrick Lamar, Vince Staples, Dom Kennedy, tout le Black Hippy, c’est vraiment l’héritage indirect de mecs comme Souls of Mischief ou même Tribe… Les changements d’instru en plein milieu, etc. Il y a un vrai retour de ça. Mais aussi du lyricisme. À la forme, et au fond. Ils ont upgradé les trucs, de fou. Ab-Soul, aussi, dans un côté plus mystique, ça me parle… Et même Young Thug, dans son délire, c’est cohérent. C’est sincère. Tu peux juste ne pas aimer, tu peux dire : “ça me parle pas”, mais c’est très très bien fait, bien écrit dans ce délire. Tu ne peux pas dire que c’est de la merde. Ils sont forts. Il y a un côté sincère, sans photocopie, ils amènent vraiment leur personnalité dans le truc. Je trouve ça balèze. Ici, on est un peu plus frileux, mais on y vient doucement. On va y venir. Le truc, c’est de ne pas recopier. Ne pas dire : “Lamar, je vais faire pareil”. Non ! Trouve ta personnalité. T’as ta musique, n’aie pas peur de t’affranchir.

D’ailleurs, dans ton parcours de MC, on a l’impression que ce que tu nous disais sur la place du silence et le groove, c’est ce que tu essayes de pousser de plus en plus. Il y a de moins en moins de mots. C’est de plus en plus fluide. Même ta voix, elle a un peu changé. Sur “Perdants Magnifiques”, ton dernier album, elle a l’air plus douce… Tout est plus “musical”.

S.A. : Bah ouais, c’est le Graal ! Après, je rappe tout le temps, quasiment tous les jours ; donc tu travailles le truc, c’est de la technique, t’essayes de trouver des nouvelles choses. Et puis tu changes les sons, aussi. J’ai fait appel à de nouveaux beatmakers, ça te pousse à aller dans d’autres trucs… Ouais, c’est ça, c’est “musical”. Ce n’est que de la musique, hein, de toute façon !

Dans le rap maintenant, et notamment avec l’arrivée de la trap, c’est devenu très à la mode de mettre des adlibs partout, pour combler les vides. Toi, j’ai l’impression que tu fais ça depuis longtemps déjà, c’était presque ta marque de fabrique…

S.A. : … c’était même un peu irritant au début, ouais… C’était les Dipset [The Diplomats – NDLR] qui faisaient beaucoup ça, et sans les copier, on avait cette inspiration. Ce n’était pas vraiment des adlibs, plutôt des genres de backs bouche-trous.

Mais pour pouvoir le faire, il faut bien qu’il y ait des silences…

S.A. : Bah ouais, parce que c’est le manque de silence qui ne groovait pas à l’époque. À part des mecs comme ceux du label Time Bomb, ou Dany Dan dans son style. Comme Ill des X.Men : “Je rappe/ Pour manger / Mais je sens venir/ le danger/”. Il marquait vachement les temps, il jouait avec les temps forts. Pas du tout à la NTM ou IAM, où les mecs lisaient carrément un texte sur la musique. Ils étaient sur la musique, ils n’étaient pas dans la musique. Ils posaient sur l’instru, pas avec l’instru. Maintenant beaucoup moins. Dans les flows, il y a des trucs de ouf. Un mec comme Joe Lucazz, c’est fort ! Tu peux avoir l’impression, pour un néophyte, que c’est bizarre, mais c’est hyper frais. Ill, quand il est arrivé, ça a surpris, mais c’est un saxophoniste le mec…


… Ce sont des gens qui tournent autour du snare [la caisse claire – NDLR]

S.A. : … Ouais, ils démarrent juste sur le contretemps après le premier kick de la mesure. Jay-Z faisait beaucoup ça aussi. C’est du swing pur, ça ne s’explique même pas, ça… Maintenant ils le font tous. En France, c’est vrai que sur 16 mesures, les mecs se disaient : “je vais en placer un maximum !” Ça dépassait même ! Et puis le snare faisait peur, ils s’arrêtaient dessus, avec en plus ce délire multi-syllabique où tu tombes forcément en fin de mesure…

… Presque un jeu de devinette !

S.A. : Ouais, genre [il imite] : ” nanananaNA”, et tu devais terminer la rime avec le mec : “et nanaNA”. C’était immusical de ouf ! Bon, on en est vraiment sortis, enfin je trouve. Et c’est cool !

Ça crée comme un malentendu dans la musique que tu fais. Le rap français, on a pris l’habitude de le juger de manière littéraire, on étudie les textes, on t’interroge dessus… comme des poèmes. Faudrait même que la prof de français puisse le faire bosser à l’école…

S.A. : Et même on va te prêter des interprétations fumeuses, style : “Rimbaud a voulu dire…”

Il y a même l’école normale supérieure qui invite Lino ou Vîrus…

S.A. : C’est très mauvais comme approche je trouve…

Oui, c’est compliqué… Mais donc dans les interviews, on te pose beaucoup de questions sur tes textes, on te demande d’expliquer tes punchlines, etc. Et toi, tu dis plutôt que tu ne pars pas du texte. Tu rappes, d’abord. Ça marche dans l’autre sens…

S.A. : J’ai toujours fait comme ça. Après, j’ai des phrases dans la tête, des idées que je note, mais ce n’est pas : j’écris et après je rappe. Quand j’ai fait le morceau avec Sako [“Hôtel Bilderberg” – NDLR], par exemple : lui il écoute la musique, il écrit, il rature, il écrit… et quand il a son texte, il va le rapper.

Limite il va inventer le flow après…

S.A. : Oui, c’est ça. Alors que moi, c’est vraiment d’abord rappé. C’est pour ça que souvent, il n’y a pas d’articles dans mes textes. Ça fait une syllabe de trop pour moi.

Mais donc, tu commences en freestyle ?

S.A. : Non, tu as des idées, et tu essayes de trouver… L’ordre des rimes par exemple, des fois c’est vraiment une galère. Pour pas que ce soit systématique, tu vois. Et pour ça, il n’y a pas de recette, ce n’est pas automatique, tu es obligé de le rapper pour sentir si ça sonne ou pas.

Donc tu écris quand même…

S.A. : Non, il y a plein de phrases, tu les trouves comme ça, sur le tas. Tu sais où tu veux arriver. Par exemple : “Je m’en bats les valseuses à la Patrick Dewaere” [dans le morceau “Crop Circle” – NDLR], je sais que c’est là que je veux arriver, il faut que je trouve comment l’amener, donc je remonte… Est-ce que j’ai besoin de trois mesures pour que ça sonne ? Si la boucle tourne sur 8, comment je peux la faire arriver, la faire sonner pour que ce soit le plus “facile” possible ? Le but du jeu, ce n’est pas simplement : “T’as vu mes rimes ?”. C’est plutôt de les faire sonner comme une cymbale, les utiliser pour jouer avec sur la rythmique [il mime un gimmick de batterie]… Tu construis comme ça, du coup, c’est long. Tu rappes tout le temps, après tu t’enregistres, tu t’écoutes, tu réenregistres… Jusqu’à ce que ça sonne comme tu veux.

Tu pars du rythme des mots avant leur sens…

S.A. : Oui, et je m’aide de la basse aussi… [il chante une ligne de basse]. Putain, c’est dur à expliquer [rires]!

Donc ça t’arrive de te chanter un flow et de caler des rimes dessus ?

S.A. : Pas trop, mais ça m’arrive parfois… Nemir fait beaucoup ça, moi pas trop. Mais c’est dur à expliquer. Par exemple, j’ai des petites règles à la con, comme ne jamais commencer avec un “S”, ou une voyelle, parce que je trouve que ça sonne mal quand ça rentre. “J”, “P”, “T”, ça claque plus : “J’explose”, ça fait :”chi chi” [il mime une cymbale]. Mais ce n’est qu’un jeu, hein, c’est purement ludique ! Il faut que ça paraisse vraiment simple. Faut que ça glisse. Des fois, tu n’entends même pas la rime, mais indirectement, elle fait sonner le truc.

Ça ne donne pas la sensation d’une démonstration technique comme chez certains, alors qu’il y a plein de rimes…

S.A. : Non ! Il ne faut pas que ce soit surligné. Tu sens que ça swingue, qu’il y a plein de sons, mais ce n’est pas littéraire… “PHO/TO/COPIE” “FAUSTO/COPI” [il mime un flow balourd]. Moi je ne trouve pas ça bien. Mais ce n’est que mon avis…

Lino disait il y a peu qu’il en a marre qu’on lui parle de punchlines. Pour lui, une punchline, c’est comme le dernier coup de poing d’un enchaînement de boxe. Pour qu’il arrive, il faut bien qu’avant tu aies envoyé tes jabs, que tu aies préparé le terrain. C’est un peu ce que tu expliques pour ta phase sur “Dewaere” : tu sais que c’est là que tu veux arriver, et tu prépares le final avec les rimes d’avant.

S.A. : Oui. Tu sais que c’est ta scène-clef, comme dans un film. Prends la scène du bar dans “Les Affranchis”… il faut que tu aies des scènes qui t’amènent à ça, et qui sont tout aussi importantes. Il faut qu’il y ait de la technique, que tout soit cohérent… Souvent j’en enlève. Il n’y a pas de remplissage. Jamais. Il n’y a jamais une phase que j’ai mis juste comme ça. J’essaye que ça ait toujours du sens. Des fois, on me dit que j’envoie beaucoup d’infos, mais moi, je ne trouve pas [rires de iHH]… Quoi ? Y a beaucoup d’infos ?

Bah oui [rires] ! Mais d’ailleurs, un des reproches qu’on doit te faire le plus, c’est qu’il n’y a pas vraiment de ligne directrice dans tes morceaux ; ça part un peu dans tous les sens, il n’y a pas vraiment de thèmes, c’est plein de petites images…

S.A. : Oui, mais ça c’est cause de la tradition rédactionnelle du rap. Moi j’écris des humeurs. Il y a cette sale tradition, pas que dans le rap : genre il y a des jours t’es content, des jours t’es triste, donc tu fais un morceau joyeux, un morceau triste… Alors que pour moi, il faut qu’il y ait de tout dans un morceau. De la joie, de la tristesse, de l’humour… Comme dans un film quoi, il faut qu’il y ait tout dans chaque morceau, avec une base différente à chaque fois. J’appelle ça une couleur… “Crop circle”, je le vois rouge par exemple… Je sais pas trop comment expliquer. Mais je ne me pose pas trop de questions en vrai, c’est en interview que j’essaie d’intellectualiser le délire ! En fait, je le fais. C’est comme le mec qui fait un gros dunk, on va l’analyser après, et lui il va essayer de dire : “Au début je me suis concentré, puis j’ai activé tel muscle…” Non, il n’y pensait pas, il le fait ! Là c’est pareil, c’est à force d’entraînement. Le sportif il te dit : “Oui, à la cinquième foulée…”, mais bon…

il n’y croit pas lui-même !

S.A. : Il ne sait plus !

Dans les mêmes passages obligés du rap, il y a le “moi je”, parler de son intimité… Un peu moins aujourd’hui, mais quand même. Ou alors dire des trucs politiques, s’opposer frontalement au “système”. Toi, on a l’impression que tu ne veux faire ni l’un ni l’autre… Même quand tu dis “moi je”, c’est toujours des petits mystères, des métaphores… Ce n’est pas : “J’ai poussé à tel endroit, et mon papa…”. Tu places des petits indices seulement…

S.A. : Oui, maintenant on est plein comme ça.

Comme la politique, on sent bien que tu as une conscience sociale, un regard sur le monde, mais tu ne vas pas dire :”Nique l’État” ou : “Vive la Palestine”.

S.A. : Des fois, avec un petit jeu de mot, mais… il y a la vie, et la musique, quoi. Moi je vois ça comme un match de basket, la musique… Je m’amuse, je veux gagner, c’est de la compet’. Un match de basket le dimanche, hein, tu veux gagner, tu veux t’éclater, ça ne t’empêche pas de faire des actions sociales à coté.

C’est ta récré, le rap ?

S.A. : Oui. C’est un truc que je kiffe, vraiment, et mélanger les trucs… je crois que je le ferais super mal, je te le dis sincèrement, et puis c’est souvent super mal fait. C’est souvent très démago, ça prêche les convertis, tu prêches une paroisse pour te faire mousser, au final. “Free Palestine”, si tu veux que je le dise, je le dirai, mais ça va faire quoi ? C’est pour dire quoi ? En fait, ça t’aide toi, pas du tout la Palestine… Ce sont des conneries. C’est bidon, démago. À l’époque de Bob Marley, oui, à la rigueur, Mais… non, c’est ridicule.

Et le côté “Moi je” ? Quand même, c’est intrigant… tu fais peu dans l’intime.

S.A. : Je l’ai déjà fait… il y a très longtemps, dans “Le Sens De La Formule”, et je déteste ce morceau ! En fait, je déteste les trucs “Diamsounet”, je trouve ça horrible [rires] ! C’est de la fausse modestie, c’est vraiment dégueulasse :”Aimez moi !” Tu vois le processus derrière, c’est égoïste, c’est naze, ça n’a aucune subtilité souvent… Les trucs sur les mamans, les : “j’ai grandi là”, etc., c’est nul ! Ça a été une des pires choses du rap, d’ailleurs, ce genre de morceaux intimistes. C’est souvent très très moche !

Le victimaire, c’est affreux ! C’est horrible : “Moi j’ai grandi comme ça, gnagnagna…”. J’ai grandi à Bagdad, tu vois, de quoi tu me parles ? Je me mettais dans la baignoire pour me protéger des balles perdues… Je ne vais pas te faire des trucs là-dessus, ça ne sert à rien.

On parlait de Booba… “On y pousse un peu de travers skate BMX puis nique la RATP tout ça rythmé de rap musique”, etc [dans le morceau “Ma Définition” sur l’album “Temps Mort” – NDLR]. Il a fait plein de morceaux, avec beaucoup de style c’est vrai, mais où il te parle de lui quand même…

S.A. : Oui, mais ce n’était pas du tout misérabiliste, il ne s’apitoyait pas.

C’est le côté victime qui t’emmerde ?

S.A. : Le victimaire, c’est affreux ! C’est horrible : “Moi j’ai grandi comme ça, gnagnagna…”. J’ai grandi à Bagdad, tu vois, de quoi tu me parles ? Je me mettais dans la baignoire pour me protéger des balles perdues… Je ne vais pas te faire des trucs là-dessus, ça ne sert à rien. D’ailleurs, j’ai remarqué que souvent les mecs qui ont vécu des trucs comme ça vont plutôt te faire de la musique de merde ou de fête… Comme K-Maro, ou Mika qui est libanais, qui a grandi sous les bombes… Ils se plaignent pas. Un peu de pudeur quoi ! Après, leur musique, bon… mais en tout cas, ce coté pudique, ça me parle. Alors que le Voici victimaire là, c’est dégueulasse. Même Nabila est beaucoup plus digne que ça [rires] ! C’est crade. Ce sont des crasseux et des crasseuses qui font ça. C’est nul ! Et en plus, artistiquement c’est souvent le niveau zéro.

Résultat, dans tes textes ce n’est jamais frontal… Tu ne vas pas dire : “La Mort”, tu vas dire : “Les six millions de manières de rejoindre Biggie”. On doit passer par trois détours pour comprendre de quoi tu parles…

S.A. : Des périphrases on appelle ça, je crois ?

Tu fais ça tout le temps !

S.A. : Oui. Je préfère. Des fois, c’est ce que je n’aime pas chez Lino par exemple. Il rappe très bien, hein ! Je parle dans le fond. Il va utiliser des grands mots, quoi : “La Paix“, ce genre de trucs. Ça se faisait beaucoup à un moment, c’est un peu galvaudé. Donc trouver d’autres manières, plus pop culture… et peut-être en plus ça fait tourner le son différemment. Dire : “La Mort” aujourd’hui, ou : “La Faucheuse” c’est un peu galvaudé, il faut trouver d’autres images, d’autres trucs. Mais en tout, de toute façon : il faut avancer !

Tu ne parles quasiment qu’en images. Tu parlais de ton écriture cinématographique tout à l’heure, mais je t’ai entendu dire aussi que ton album, c’était un peu comme une soirée diapos, et ça me semble plus juste. Tu poses des images, les unes après les autres, et après c’est à l’auditeur d’interpréter.

S.A. : Oui. Un film ça t’accapare plus. Là, ce sont des images figées : comme ça tu te racontes l’histoire toi-même.

Je pense au refrain de “Siwak” par exemple, qui est hyper fort de ce côté-là : “Et on danse sous la pluie avec un petit pas de C-walk / Dans la bouche un bâton de Siwak” Le C-walk, c’est le pas de danse des Crips de L.A., et le siwak, c’est ce bâton que tu suces dans certaines cultures pour te laver les dents.

S.A. : Avec en plus “On danse sous la pluie” pour Fred Astaire.

En 12 mots, derrière cette image forte, tu ramènes tout ton délire de double culture, mais sans le dire frontalement.

S.A. : Exactement. Parce que ça a déjà été fait dans les années 90, avec des mecs comme Rocca par exemple. Tu ne vas pas le refaire. C’est comme la musique, le flow, tout ça… Dans l’écriture, tu es obligé de tout le temps aller de l’avant, d’inventer d’autres façons. Comme quand les X.Men, Oxmo, ou même Booba sont arrivés : “Électrique est la chaise”. Tout le monde a fini par reprendre cette façon d’inverser les mots, mais c’était marrant quand il l’a fait.

D’ailleurs ton morceau le plus connu, “Mon Polo”, sample de “Retour Aux Pyramides” [des X.Men – NDLR], qui est peut-être le Graal du morceau à images et name-dropping… Comme si tu avais annoncé que c’est ça que tu allais faire à présent : rien que des images qui se télescopent.

S.A. : C’est vrai, je n’avais jamais réfléchi à ça…

C’est l’intérêt de faire des interviews [rires] !

S.A. : Oui ! Je ne sais plus trop comment c’est venu… Ça s’est fait vite. C’est moi qui avait fait le son. Pour l’anecdote, on avait entendu un gars de New York, Vado, protégé par Cam-ron a un moment, qui avait fait un morceau “Large On The Streets”, avec la fameuse phrase de Big L samplée sur le refrain. J’avais trouvé que ça tuait, et on voulait faire la même avec une phrase en français. On a trouvé “Retour Aux Pyramides”. “Et sur mon polo / Des impacts de balles forment mon logo…” : c’était le seul passage a capella. Tac, on l’a fait, j’ai tapé l’instru vite fait, et voilà quoi !

 Il faut relativiser un peu sur tout. Et “Perdants Magnifiques”, c’est ça : rien n’est très important, rien n’est pas important du tout. Il y a plein de gris. Et même dans le gris, il y a du gris… Tout doit être nuancé.

Pour revenir à ton dernier album, je ne vais pas te poser la question balourde : pourquoi “Perdants Magnifiques”, mais je t’ai entendu dire que ce qui t’intéressait, c’était pas tant l’opposition de ces deux mots que toutes les nuances de gris qu’il pouvait y avoir entre les deux. Et effectivement, tu n’es jamais manichéen…

S.A. : C’est ça. Essayer de prendre toujours un maximum de recul sur les choses. Même sur la musique. Il y a des choses importantes, et d’autres moins, et il y a des défaites qui ne sont pas très graves. Il faut relativiser un peu sur tout. Et “Perdants Magnifiques”, c’est ça : rien n’est très important, rien n’est pas important du tout. Il y a plein de gris. Et même dans le gris, il y a du gris… Tout doit être nuancé. Même les propos devraient être nuancés. Je trouve qu’en ce moment, tout est un peu raide. L’atmosphère du moment est très manichéenne, et c’est un peu chiant. Tu en viens même parfois à te faire l’avocat du diable pour faire réfléchir autrement la personne à qui tu parles. Il y a plein de gens qui ne sont pas ouverts, pas très curieux. Et je parle de toutes les communautés, toutes les religions. Il n’y a pas tant des communautés que des catégories de gens. Certains sont “aware” [il prend un accent à la Van Damme], ouverts, et tu retrouves là-dedans des athées, des croyants, etc. La communauté, ce n’est pas la bonne case. Tu peux trouver un Renoi qui va être beaucoup plus proche de ce que peut être un militant FN qu’un Blanc… Donc c’est comme ça qu’il faut réunir les gens, ce n’est pas : blanc/noir. C’est ce que j’ai appris petit-à-petit. Je m’étais trompé pendant un moment. Il faut tout réapprendre. C’est ça les nuances de gris : il faut se remettre en cause, remettre en cause les convictions que tu avais. La religion, pareil : tu peux avoir un religieux qui, dans la personne qu’il est, peut se retrouver très proche d’un athée, parce qu’ils visent les mêmes valeurs, ou un religieux qui se trouve finalement très proche d’un nazi… Chez tout le monde, tu trouves plein de nuances. Tu l’apprends peu à peu. Ce n’est pas : telle communauté ou telle religion. Au début je pensais beaucoup comme ça, famille, communauté, dogmes. Ça fait quelques temps que je me rebelle contre ça.

Tu lies ça à quoi ?

S.A. : À plein de trucs… Des questionnements… Après tu lis, tu lis beaucoup, tu te renseignes… Et puis l’expérience… Il y a des trucs que tu peux accepter, jeune, sur le théâtre du dogme, ou d’une culture, ou de l’école, et tu te rends compte finalement dans la pratique que c’est bizarre, mais c’est pas pareil du tout ! Entre la théorie et la pratique, là aussi il y a un gros checkpoint [référence à sa phase : “Entre ce que je fais et ce que je dis, y a toujours ce putain de checkpoint” dans le morceau “F451” – NDLR] ! Il y a un problème. Alors qu’est-ce que tu fais ? Tu essayes de te guider, de te trouver un prisme de lecture à toi. C’est ça le but du jeu. S’affranchir. C’est ça la vraie liberté. Pas la sécurité… Alors que dans l’époque, on sacrifie de plus en plus la liberté à la sécurité. Et ça, ce sont les consciences, ce n’est pas l’État, ou je ne sais quoi. C’est d’abord les gens dans leur façon d’être, que ce soit les communautés qui restent entre elles ou la petite vieille qui s’enferme. Tout le monde est dans l’obsession de la sécurité. Se protéger, ne pas s’ouvrir. Ce n’est pas ça, la liberté ! Et ça, c’est un choix, tu as soit l’un, soit l’autre. Liberté ou sécurité, il faut choisir, et je trouve qu’on a tous choisi la sécurité. Et ça vaut que tu sois dans une usine, en extérieur où tu ne peux plus camper où tu veux et même sur le plan émotionnel et spirituel. On est tous partis dans le sécuritaire. C’est mon humble avis.

D’ailleurs, tu ne parles pas de religion, tu ne parles pas de foi, mais par contre l’album est très habité. Musicalement, les instrus sont majestueux, aériens, “fluides” comme dirait Ali. Et dans les thématiques, c’est pareil, il y a plein de références à une certaine transcendance…

S.A. : …mais il n’est pas du tout communautaire !

Il n’y a pas d’affirmation d’une foi particulière.

S.A. : Non, parce que le but du jeu, ce n’est pas ça. Religion, à la base, ça veut dire “relier les gens”. Or, il y a beaucoup de gens qui, avec leur religion, excluent les autres. Mais il faut prendre le meilleur : relier les gens. Tu peux amener les gens à toi, à ce que tu penses. Ou pas, d’ailleurs. Je n’essaye pas d’imposer, j’essaye de convaincre. Après, libre aux gens de suivre. C’est pareil, c’est du jeu. Je suis en questionnement perpétuel, moi-même j’évolue tout le temps. Si ça se trouve, dans deux semaines, je te dirai autre chose !

Depuis le dernier album, tu fais davantage de références à l’une de tes cultures d’origine : “Je suis venu de Bagdad”, la pochette de l’album, qui est un bas-relief de Mésopotamie…

S.A. : C’est Gilgamesh. C’est un masque. Ce n’est pas moi qui ai fait la pochette, par contre. C’est Max Memmi qui a eu cette idée, et je l’ai trouvée mortelle. Ça mélange donc ce truc mésopotamien, toute l’Histoire, ce truc lourd, avec une larme tatouée, comme le font les membres du MS-13 [puissant gang basé sur les deux continents américains – NDLR] par exemple. Puis il l’a changé en larme de pétrole plutôt, et je trouvais que ça convenait bien aussi. Mélange de passé et de présent, un peu à la C-walk / Siwak justement. Avec quelques éclats bleus de pétrole autour. Je ne suis pas allé beaucoup plus loin dans le message, hein, mais ça m’avait parlé.

Et cette référence explicite à tes origines…

S.A. : Non justement, c’est plutôt une manière de m’en affranchir. Parler plus de moi, mais aussi avoir de la matière pour parler des mêmes choses – parce qu’on parle toujours des mêmes choses en vrai –, mais différemment. Et puis pour m’affirmer aussi.

“Salive d’arabe” [dans le morceau “Barrabas” – NDLR] ?

S.A. : Oui, mais j’ai une autre histoire que certains. En France, il y a une communauté arabe qui est principalement maghrébine : Tunisie, Algérie, Maroc, liée à l’histoire commune avec la France. C’est une immigration en grande partie ouvrière, volontaire, économique. Et donc ces gens ont une vision particulière, forcément, des choses. Moi, mon immigration est complètement différente. Elle est involontaire, elle est politique, et elle est sans retour. C’est une autre histoire, une autre vision. Et je voulais l’affirmer, me détacher des autres enfants d’immigrés, tout en en faisant partie. Moi aussi je suis un immigré. Mon numéro de sécu commence par “1-99 etc.”, je ne suis pas né ici, mais je ne suis pas là pour les mêmes raisons que la majeure partie des autres.

Pourquoi ce changement de nom d’ailleurs [dans ses précédents albums, il rappait sous le nom d’Ahmad – NDLR] ? Encore une façon de t’affirmer ?

S.A. : Parce que je le trouve beau ! C’est mon vrai nom, et je le trouve classe !

Mais pourquoi le prononcer “à la française” ?

S.A. : Parce que le “H” bloque les gens. À l’école, les profs disaient : “amade”. Même si mon père prononçait “A3med”. Les gens, en le lisant, ils vont le prononcer à la française de toute façon. En fait c’est Ahmed, mais version irakienne. Les deux ensemble, “Sameer” et “Ahmad”, c’est une façon de dire :”c’est vraiment moi”. Prénom-nom… Et puis il y a aussi un côté jazzman… comme Ahmad Jamal par exemple. Tous ces vieux jazzmen, je trouve que ça tue. D’ailleurs, il y a plein de rappeurs qui font ça maintenant… Kendrick Lamar, Vince Staples… Moi je suis un des premiers à l’avoir fait en France, quoi !

Et “deuxième du nom” ? Pourquoi ça ? Si c’est ton nom de famille ?

S.A. : Mon père, c’est le premier. On s’appelait “El Assadi”. Quand il est venu en France, il a changé pour “Ahmad”. Donc je suis le deuxième !

Mais c’est ultra perso ! Comment tu veux que l’auditeur comprenne [Rires] ?

S.A. : C’est pour moi ! T’es même pas obligé de le comprendre !

C’est encore un mystère quoi… Ton disque est plein de mystères ! On se demande toujours si on n’a pas raté une référence, donc on cherche sur Google !

S.A. : Bah non, c’est tout con ! Des fois, il ne faut même pas chercher, hein ! C’est tout basique ! Je suis juste le deuxième de ce nom-là !

C’est marrant, ça… Il y a plein de gens, quand ils écoutent la première fois, ils ne comprennent rien.

S.A. : Vraiment ?! Il y a plein de phases super faciles, non ?

Je pense que tu ne te rends pas compte que tu as un univers vraiment multi-référentiel… Mais à chaque fois qu’on te dit ça ou qu’on te pose des questions sur les sens cachés, comme si tu faisais du rap d’intello, tu réponds que c’est hyper basique, hyper instinctif : “Moi je fais mon truc d’inculte”, alors qu’en vrai…

S.A. : Mais non ! C’est hyper simple ! Tous mes trucs, tu les prends, ils sont hyper simples ! “L’amour c’est Daredevil” [dans le morceau “F451” – NDLR] : tu connais Daredevil ? Il est aveugle. Voilà. Amour aveugle. “J’ai fait comme l’écriture, je suis parti de Bagdad”, pareil. Même si tu ne sais pas, tu te dis : “Bon, bah si ça se trouve l’écriture elle est partie de Bagdad” [rires] !

Tu fais quand même un morceau qui s’appelle “Barrabas”… Soit t’as fait du catéchisme, soit tu comprends pas, hein…

S.A. : Bah non, même pas, tu tapes sur Google [rires] !

Voilà ! Je pense que tu es le rappeur le plus googlisé de France !

S.A. : Mais non !

Mais si [rires] ! C’est plein de références, c’est super riche, tu es obligé de creuser…

S.A. : Mais elles sont hyper simples ! Faut pas le prendre comme ça. Des fois, si tu ne comprends pas un truc, tu comprends quand même ! Aux USA, tu as des mecs comme Ab-Soul, c’est super compliqué au final !

Mais ce n’est pas forcément un reproche que ce soit riche ! Ça donne envie de comprendre, d’aller chercher, et donc de s’élever, au final…

S.A. : On parlait de Time Bomb : “Easy / du cash à la Sugarhill AZ”. Qui connaissait ça à l’époque ? Moi, ce que je fais, c’est même pas si compliqué ! Ou alors c’est qu’il y a eu un gros ramassage depuis 10 ans, mais je ne pense pas. Je crois même que je suis moins référencé que des mecs comme Oxmo ou Ill. Et je ne parle même pas des USA !


Mais c’est peut-être parce que tes références tapent dans plein d’univers très différents. Eux ça va être le rap ou le cinéma…

S.A. : Non : “Vasco de Gama” !

Mouais, mais ça tu l’apprends en cinquième [rires] ! … Ce n’est pas “Barrabas” !

S.A. : Stomy, il a fait un morceau qui s’appelle “Barrabas” ! Et même si tu ne captes pas cette référence-là, le texte n’est pas compliqué. Il va juste y avoir un champ lexical un peu plus biblique… “L’homme est un loup pour l’homme”, “17 pour le verset, 25 pour l’Ézéchiel”. D’ailleurs, ça c’est dans “Pulp Fiction”… “Le chandelier”, “les trente deniers” : Jésus a été vendu par Judas pour 30 deniers… “Je tiens le coup comme la corde de Judas” : bon, c’est un jeu de mot et Judas s’est pendu… “Le bébé de Rosemary”, c’est le diable, mais je ne vais pas dire : “Le Diable” ! Même si tu ne comprends pas tout, tu comprends. Et après, il y a des trucs tout simples, marrants : “je voulais briser le silence / on m’a dit : tu casse tu payes”… C’est du jeu ! Je ne dis pas que c’est bien, je dis que ce n’est pas compliqué [rires] ! Ce n’est pas du Lucio Bukowski, je suis vraiment loin de ça !

C’est pas que c’est compliqué, c’est juste que chaque phase demande un petit détour mental pour la comprendre. C’est d’ailleurs ça qui est super ludique et agréable à écouter, mais de phase en phase, le temps que tu en comprennes une, tu vas peut-être rater celle d’après… Il y a plein de clins d’œil, et tu en rates forcément. Mais comme ça groove, tu réécoutes…

S.A. : C’est peut-être un entraînement, juste. Il y a comme une règle du jeu, il faut jouer le jeu.

C’est ça qui peut faire croire de prime abord que c’est du rap intello, alors qu’en fait, c’est juste ludique. Mais tu ne feras pas croire qu’il ne faut pas faire un petit effort pour suivre quand même… Parce que tu ne dis jamais rien directement : “L’amour c’est Daredevil”

S.A. : Tu captes ça en deux secondes ! C’est juste une image. Paf. Des fois, c’est même plus dur à expliquer que de le dire. C’est juste trois mots.

Ce n’est pas seulement le son qui doit évoluer. Ce sera toujours le même fond à peu de choses près… donc tu dois changer tout l’emballage, à chaque fois. Musique, BPM, flow, voix, instrumental…

D’ailleurs, on parlait de malentendu tout à l’heure, et c’en est un aussi : on te demande très souvent l’explication de tes phases, mais c’est un peu comme expliquer une blague, c’est balourd, il y a un truc qui ne marche plus !

S.A. : Exactement. Des fois même tu te demandes comment tu peux mieux expliquer que comme tu l’as dit dans ta phase… C’est plus du ressenti que de la compréhension. Il ne faut pas trop décortiquer.

C’est peut-être ce qui divise aussi. Il y a des gens qui sont très allergiques à ça. Ce n’est pas assez direct. Pourquoi ne dit-il pas juste : “je me fais un café” ?!

S.A. : Oui, je peux comprendre, mais je m’en fous ! Ça ne sonne pas, “je me fais un café” !

On dirait que tu as envie de te faire marrer aussi…

S.A. : Plutôt mes potes, mais oui, il faut inventer, se surprendre. Tout le monde raconte toujours la même chose, on raconte tous la même chose. Il faut trouver d’autres formules, d’autres manières de faire… Ce n’est pas seulement le son qui doit évoluer. Ce sera toujours le même fond à peu de choses près… donc tu dois changer tout l’emballage, à chaque fois. Musique, BPM, flow, voix, instrumental…

L’album est sorti fin 2014, et pourtant il est assez difficile à dater… Ça pourrait être 2005 ou 2025. On n’est pas complètement dans le boom-bap ou quoi que ce soit d’autre… Il y a plein de nappes éthérées, des sons jazzy, il y a plein d’instruments, des sons acoustiques… Ça crée un effet un peu hors du temps…

S.A. : Ça, en fait, c’est plus les beatmakers que moi…

mais on sent une direction.

S.A. : Oui, on a tout fait ensemble. C’est vrai que des mecs comme la clique TDE [le label de Kendrick Lamar – NDLR], ça nous a un peu décomplexés par rapport à tout ça. On a essayé des choses. Ce côté jazz futuriste… On est parti là-dedans. Le seul truc, c’est que je ne voulais plus du tout de soul ! Je l’avais fait beaucoup avant. Ce côté sucré, je n’en voulais plus. Je voulais qu’on parte sur des trucs beaucoup plus épurés. Mais sans que ça tombe dans le froid, comme peuvent l’être certains sons trap que je n’aime pas. Il y a de la trap chaude, ce que peuvent faire des mecs comme Tree de Chicago, ou d’autres. Il n’y avait pas de styles prédéfinis, ce n’est pas une histoire de “trap”, de “boom bap” ou d'”épique”… Non, il fallait cette intention, ce côté jazz. On s’était donné plein de couleurs, plein de mots-clefs, et si ça rentrait dedans, c’était ça qui comptait, pas le style. “Trap”, “Fly”, “Lounge”, je m’en fous, il faut juste qu’il y ait la couleur dont j’ai envie.

On a même l’impression que tu as voulu sortir des canons du rap. On n’est pas du tout dans le seize mesures, refrain…

S.A. : … Non, d’ailleurs, à part “Siwak”, il n’y a aucun refrain ! Les rares refrains sont musicaux… comme “Drago”. Sur “Barrabas”, c’est juste un sample de voix… Il n’y a pas de vrai refrain, à part pour “Siwak”, et personne ne s’en est rendu compte ! On s’est dit qu’on avait vraiment fait un truc musical. Les beatmakers ont fait un truc de ouf.

Ça donne même l’impression que les instrus pourraient s’écouter seuls, sans texte…

S.A. : … Oh, c’est méchant, ça ! C’est mieux avec moi quand même [rires] !

Non, ce n’est pas méchant, au contraire ! C’est juste très riche musicalement, évolutif, il y a plein de morceaux que tu laisses se finir seuls… Tu te tais, et le morceau va durer encore 50 secondes…

S.A. : Ouais, ça je kiffe !

Donc les instrus existent par eux-mêmes ! C’est de la musique…


S.A. : Si on revient au boom-bap new-yorkais des années 90, à la Artifacts, c’était cool, mais c’était une mesure qui se répétait tout le temps ! Et c’est ça qu’on reprochait beaucoup au boom-bap. Mais t’avais des mecs à la A Tribe Called Quest, dont les morceaux étaient hyper évolutifs ! Ils cassaient le truc. C’est ce qu’ont beaucoup repris des types comme Lamar, etc. Q-Tip, en 1991, sur “The Low End Theory”, tu as des coupures dans l’instru, une charley qui débarque, ça redémarre, la basse qui rentre, qui sort… C’est ouf, pour du boom-bap, comme c’était évolutif.

“The Low End Theory”, c’est vraiment un album hors du temps pour le coup, on a du mal à le dater lui-aussi.

S.A. : Oui, grâce au flow de Q-Tip notamment… Parce qu’à l’époque, c’était Public Enemy et N.W.A.… Plus rigide ! Et c’était dur pour lui, il passait pour un marginal. Mais c’est vrai, tu le ressortirais aujourd’hui, avec un nouveau master, tu compresses un peu les batteries, tu mets Lamar à la place de Phife Dawg, tu as un album qui est complètement écoutable maintenant ! Il y a des albums comme ça.

Le vrai truc dommageable, c’est que le public rap maintenant, ce sont des enfants. On remplace Chantal Goya quoi. Avant, c’étaient les boys bands, maintenant c’est le rap. Et cette musique pour enfants, c’est chiant.

Donc ce que je te dis, c’est plutôt un compliment, c’est de la musique ! Toi tu arrives, tu rappes dessus, tu ne gâches pas le truc [rires] !

S.A. : Je dirais plutôt que je rappe dedans, c’est ce qu’on a voulu faire, vraiment. Mais c’est aussi pour ça qu’il faut faire court, dans l’écriture. Le français est une langue très riche, donc il faut faire avec peu de mots, aérer, ne pas jouer avec le multi-syllabisme de fin à chaque fois. Ce côté systématique, je trouve ça super allemand… Et il ne faut surtout pas copier les cainris. Ce n’est pas du tout la même chose. Économiquement, artistiquement, on ne peut pas. On a notre truc à faire. Ils sont vingt fois plus grand que nous ! C’est ridicule de copier. Là-bas, si ça marche dans un seul état, ça suffit. Ici, c’est la Bretagne, le Béarn [rires] ! Faut se réveiller. Les mecs, ils font semblant, et tu le sens. C’est comme tous les faux Bruce Lee qui sont arrivés à une époque… On n’y croit pas ! “Bruce Le” ! T’enlèves un “e” [rires] ? Non, on n’y croit pas. Bon celui qui ne connaît pas, peut-être, mais non, c’est nul ! Le vrai truc dommageable, c’est que le public rap maintenant, ce sont des enfants. On remplace Chantal Goya quoi. Avant, c’étaient les boys bands, maintenant c’est le rap. Et cette musique pour enfants, c’est chiant. Je bosse dans une école, les 7-8 ans, c’est leur musique ! Après tu montes jusqu’à 15-16 ans. Les groupes qui marchent bien, c’est ça ! Aux concerts, les gosses viennent avec leurs parents. Et je ne sais pas comment le vivent ces gars, c’est ouf ! Je connais des types, dans des groupes, qui ont 32 piges quand leur public en a 16, c’est chaud ! On va me dire : “Regarde les Beatles !”, mais les Beatles, ils avaient 20 ans, ils faisaient ça en tout début de carrière ! Quand ils sont passés à “Sgt. Pepper’s”, c’était un autre truc et un autre public ! Ils ont évolué, ils ont eu un autre public. C’est une fausse excuse.

C’est ça qui est pathétique chez Booba, son public ne fait que de rajeunir…

S.A. : Oui ! À 18 ans, il avait un public très large, de 15 à 30 piges. Il y avait des anciens qui écoutaient et qui trouvaient ça bien. Maintenant, c’est plus jeune, c’est sûr. Je n’écoute pas du tout mais putain, ça doit être plus jeune.

Tu as l’air assez “hors game”, de toute façon. Tu as très peu de feats, un seul sur ton dernier.

S.A. : C’est Minuit, ce sont des amis.

Et toi-même tu n’apparais pas trop en featuring.

S.A. : Pas trop. Déjà, je n’écris pas comme ça [claquement de doigt]… J’en ai fait quelques uns, avec Dany Dan, avec Sako, j’ai rencontré JP Manova… Avec des gars comme ça, que j’aime bien, à la rigueur je ferais des trucs. Mais je ne suis pas non plus complètement hors-système. Des gars comme Youssoupha vont me citer dans leurs morceaux, ou Disiz, qui a été cool et qui m’a carrément inclus dans les meilleurs albums de rap français de tous les temps ! Je les remercie, mais ce n’est pas pour ça que je vais faire un featuring avec eux. Ils sont juste plus connus que moi. Est-ce qu’ils sont meilleurs que moi ? On s’en fout, ils sont juste plus connus. C’est peut-être juste une histoire de timing ou… Bon, je ne suis pas forcément meilleur qu’eux non plus [rires] !

Le morceau avec Dany Dan, vous êtes à niveau.

S.A. : Non, ça c’est Dan, il gagne toujours !

C’est un beau match.

S.A. : Ouais, mais c’est Dany Dan. Il rote, il gagne quand même [rires] ! Il est tellement fort.

Peut-être ça va te gaver, mais il y a quand même deux trois phases que j’aimerais bien comprendre. Surtout des références musicales… Dans “Hale Bopp”, où tu parles beaucoup de musique, d’ailleurs, tu commences par : “J’ai le blues des accusés, le jazz des yakuzas”.

S.A. : Quand je dis le jazz, c’est souvent le style en fait, la manière d’être, ou dans le sens où le disait Tribe. C’est mon swagg à moi quoi ! Ce côté un peu solitaire. Et “jazz” à la base, ça désigne les trucs sales. Le blues des accusés, ce n’est pas tant pour la musique que pour le spleen du mec qu’on montre du doigt. Mais ce sont des flashs blancs, tu sais, ce n’est pas toujours facile à expliquer.

Et puis ça fait la filiation blues/jazz/rap. Avec en plus l’opposition entre les victimes contre les bourreaux…

S.A. : … qu’on retrouve après dans : “la chanson de Gaza / mi casa es su casa”… qui est censé être fédérateur mais qui tourne au vol.

Dans un morceau tu te définis comme un “Nouveau Sinatra”. C’est un type qui faisait une musique qui a l’air populaire, et même mainstream, alors qu’en réalité il traînait avec les pires gangsters et dans les clubs les plus mal famés. Il avait une image qui ne correspondait pas du tout à qui il était. C’est l’idée ?

S.A. : Exactement. C’était un italo-américain. Un italien qui a réussi dans la musique tout en gardant cette filiation avec le milieu mafieux. D’ailleurs, dans “Le parrain”, la tête de cheval, c’est un clin d’œil pour lui. C’est un type qui voulait arriver par tous les moyens à réussir, légaux et illégaux, que le système le veuille ou pas. Il ne voulait même pas forcément se faire connaître en tant que chanteur. Il voulait se faire reconnaître en tant que personne, en tant qu’italo-américain. Il a gardé Sinatra ! On a voulu qu’il change son nom, il a dit : “Non ! Je suis Sinatra, je suis italien, je ne vais pas m’américaniser.” Alors qu’en France, Jean-Philippe Smet se fait appeler Johnny Hallyday… Sinatra, non : “Je suis sicilien !” Il a gardé son blase, il a fait avec son background, qu’il a gardé, il a toujours été sincère et fidèle, et la chanson, c’était juste un moyen, pas une fin, pour s’assumer, prendre confiance en lui. C’était un maigrichon… Il voulait s’affirmer, et j’ai trouvé ça mortel. J’aurais pu faire “Nouveau Yves Montand”. Je le dis, même. Italien réfugié, petite ville, province… Et “Fuck Marylin” ! Il arrive aux USA, et il baise Marylin Monroe… Il baise le symbole américain. C’était un immigré, italien, à Marseille, un sympathisant communiste… C’est ouf ! Dans mes références, il y a les années 60 souvent. Une période que j’ai pas connue mais que je kiffe.

Tu donnes une belle définition du rap, aussi : “Zik traditionnelle des coins de rue sombre”, toujours cette idée de musique des bas fonds…

S.A. : C’est ça. Pas légitime. Mais traditionnelle !

Tu cites beaucoup le label TDE. C’est pour leur côté jazzy, aventureux ?

S.A. : Décomplexé, hors format, hyper libre. Lyricalement, ça m’a vachement motivé. Curren$y, j’aime beaucoup aussi.

Curren$y, musicalement, c’est proche de ce que tu fais parfois. Ces nappes, ces breakbeats chauds et pas trop mis en avant…

S.A. : Oui, je n’aime pas quand c’est trop en avant. Just Blaze, avant, c’était bien, mais ça enfermait un peu le flow. Ce que peut faire The Alchemist maintenant, le breakbeat en retrait, j’aime bien. “Riga Mortis”, chez Lamar, c’est super fort par exemple. La rythmique est là, mais c’est presque une mélodie…

Donc tu fais partie des fans du dernier Kendrick Lamar [au moment de l’interview, il s’agissait de “To Pimp A Butterfly ” – NDLR] ?

S.A. : Oui. Bizarrement, je trouve qu’il y a davantage de gros morceaux. “Kunta”, “High”… Mais je ne l’ai pas encore vraiment digéré. Moi, un album, il me faut du temps, hein. Mais mon projet préféré reste quand même “Overly Dedicated”.

Question de journaliste de base ? Il y a 4 ans entre chaque album…

S.A. : Non ! Il y a eu le maxi [le EP “Ne Mourez Jamais Seuls – NDLR]… Des gros morceaux en plus, et tous clippés [rires] ! Mais il faut se nourrir avant de sortir un disque. Moi j’ai besoin en tout cas. Enchaîner directement ? Non, il faut récupérer des choses. Je ne vais pas faire avec du rien, il faut refaire le plein. Je ne vais pas refaire la même chose :”Perdants magnifiques 2″ !

Le retour des perdants [rires] !

S.A. : Il faut se remettre en cause, changer. Si tu regardes, mes albums n’ont aucun rapport les uns avec les autres, dans la forme. Là, j’aurais de quoi faire un nouvel album, mais ça ne sert à rien… Même moi ça ne me ferait pas kiffer. Je ferais quasi la même chose dans les ambiances, dans les sons… À la rigueur un feat ? Non, je préfère attendre un ou deux ans, pour que les beatmakers évoluent aussi, qu’ils fassent un changement de bécane…

La trap, ça te tente, comme défi ?

S.A. : J’en fais, pour rigoler… Mais si c’est pour faire ce que font les autres en rap français, vu que la trap c’est devenu le nouveau rap français, ce n’est pas la peine…

En plus ils font de la Drill, en vrai !

S.A. : Moi je veux faire du Sameer. Je ne fais même pas du boom-bap… Il faut faire son propre son. C’est ça le truc !

Selon de précieux informateurs, un nouveau projet est d’ores et déjà en route. Tu peux nous en dire un peu plus ?

S.A. : Des rééditions en cassette audio et en vinyle de “Perdants Magnifiques” sont en route. Sinon, on commence tout juste à enclencher le processus de création du prochain disque. Il semble s’éloigner de plus en plus de ce que peut être “Perdants Magnifiques”, donc une grosse émulation s’installe doucement. Il sera libre de toute structure. Le point de départ a été l’album “Silent Way” de Miles Davis qui selon moi est son meilleur. C’est le trait d’union entre son époque “jazz orthodoxe” et ses expérimentations ultérieures, plus ou moins heureuses. Donc pas de lignes directrices à proprement parler. Juste un cahier des charges et faire abstraction le plus possible de pleins de choses extérieures.

Interview : MaNu (Black Mirror) et Kasko

 

Discographie

2014 : “Perdants Magnifiques” (Bad Cop Bad Cop / iHH™ Records)

2014 : “Ne Mourez Jamais Seul EP” (LZO Records)

2010 : “Justin Herman Plaza” (No-Y Lab)

2007 : “Le Môme Qui Voulut Être Roi” (Classic Recordz/Mosaic)

2005 : “Le Sens De La Formule” (Opossum / Le Cénakle)